"Au fond, dans le monde entier comme en France, on ne peut plus guère observer pour le moment, en matière artistique, que des manifestations individuelles reflétant l'anarchie totale des esprits." (Elie Faure, L'art moderne II)
"Grâce à ce monde, généreusement équipé pour l'évasion comme pour les sports d'hiver, par le théâtre, le cinéma et les magazines de luxe, le poète reconquiert enfin son invisibilité." (Jean Cocteau, La difficulté d'être.)
La sortie de mon deuxième roman est prévue pour septembre. Stéphane me demande de préparer un petit argu. pour cette semaine. David (Foenkinos) qui a vu l'annonce de sortie dans Livres hebdo m'a dit que le titre lui plaisait beaucoup, ce qui m'a rassuré. Maintenant j'ai une ou deux semaines pour reprendre sans relâche le texte et essayer d'arriver au plus près de ce que j'ai envie de lire et de donner à lire. Au plus près c'est-à-dire toujours trop loin, j'imagine.
Mon personnage de Basile Green est un jeune rocker qui d'un pas s'est retrouvé sur le devant de la scène alors que jusque-là il n'avait été que spectateur : Spectateur de sa famille fantasque, spectateur de ses rêves. Il est catapulté en une chanson dans un monde où les rêves n'ont qu'une valeur marchande et médiocre, à l'opposé de là où il se tenait enfant. Seule la passion amoureuse lui ouvre le champ nécessaire à ce petit reste d'espérance vitale qu'il faut pour tenir. Il s'y jette à corps perdu dans ce pari que la femme qu'il aime ne se révèle pas au final à l'image du monde qu'il fréquente, en un mot lamentable.
Lundi dernier rue de Rennes, dans l'après-midi, j'ai croisé cette fille qui s'était brisée la cheville dans mon rêve de la veille. Et là, elle marchait parfaitement bien. Preuve suffisante que la réalité est boiteuse.
X si puérile et ensorcelée par le caractère animal et frivole de la nuit, que si on la comblait d'une dernière pensée dans les quelques heures suivant sa mort, elle s'extasierait à l'idée qu'à la morgue, on lui a attaché un petit bracelet autour du poignet, promesse d'accès direct à un possible after-show.
Il faudrait pouvoir être moderne dans le sens où l'on parle de peinture, c'est-à-dire à part de tout ce qui se réclame contemporain.
Il s'aimèrent pour toujours. Un certain temps. Comme on s'aime toujours. Un certain temps pour toujours.
Il a neigé à gros flocons, lundi, dans les Yvelines. Tout le monde s'en étonne pourtant il y a une vieille et belle chanson de Prince qui a pour titre : Sometimes it snows in April. C'est sur l'album où il y a Kiss. C'était quand même quelque chose le riff de guitare de Kiss. Sometimes it snows in April est la chanson triste de l'album. J'ai le souvenir qu'elle parle d'un ami à lui, qui est mort et c'est pour cela qu'il neige. C'est la chanson lente et belle du disque. Une de mes chansons préférées de Prince est : If I was your girlfriend. J'aurais toujours voulu faire une chanson aussi épatante que celle-là mais je ne sais pas faire des chansons de Prince, je ne sais faire que des chansons de moi, et ça me cause déjà assez d'insatisfaction et de soucis. Dans les fêtes et les boîtes de nuits, quand j'étais adolescent, il y avait des types qui se faisaient appeler des fans princiers, ils étaient sapés comme le Kid de Minneapolis, avec toute la panoplie, des codes vestimentaires très précis et ils exécutaient des gestes soignés, très architecturaux, pour danser. Une élégance rare, comme du Fred Astaire sous acides. C'était un peu la noblesse par rapport aux fans de Michael Jackson. Et puis ils ont disparu progressivement des soirées et des fêtes ; ils se sont éteints et la neige d'Avril ne les a pas fait revenir.
A. me raconte qu'au collège la plupart de ses copines étaient heureuses d'avoir de la poitrine, une mue exquise et fabuleuse, elles pensaient surtout que c'était un bon moyen d'attirer les garçons. A. restait en marge avec son absence de poitrine obstinée. Par contre, en sport me dit-elle, j'étais toujours celle qui courait le plus vite.
- Et maintenant ? je demande.
- J'étais toujours celle qui courait le plus vite, et maintenant je suis devenue celle qui t'aime le plus fort."
Le quartier, d'aussi loin que j'aie commencé à travailler vraiment, est mon territoire de jeux et d'apparitions ; les boulevards Raspail, St-Michel et St-Germain, sont de tout temps les trois côtés de mon "Worma Triangle".
Il y a quelques jours, ce café qui s'appelait autrefois le relais Odéon, et qui a été refait à neuf de manière plutôt moche, récemment, a agrandi sa terrasse. C'est-à-dire que la terrasse a gagné sur le boulevard ; qu'il y a moins de place pour se promener sur les trottoirs, et que subtilement c'est la géographie du quartier qui change, et, avec la possibilité d'un territoire, la façon de l'arpenter, de s'y tenir.
Je me demande si c'est la même chose avec les gens qui nous sont familiers et nous deviennent essentiels, si au gré de petites transformations, un manteau, un horaire, un petit succès, un style de vie, pour le manteau je déconne, une fréquentation ou une façon de se comporter, on finit par ne plus trouver notre place avec eux, pour - au bout du compte et d'un certain temps, ne plus les reconnaître ou les accepter tout à fait.
C'est ainsi que l'on prend nos distances, comme avec des quartiers que l'on aimait et qui nous désespèrent totalement aujourd'hui.
Je suis plongé dans ces pensées au moment où William me cueille sous la statue de Danton. Je lui dis :
- Regarde cette terrasse horrible, comme elle transforme la configuration du quartier. Est-ce que c'est pareil avec les gens auxquels on s'habitue, de petites transformations en grandes trahisons ? Est-ce qu'il y a des gens qui un beau jour viennent te voir, et tout de suite tu t'aperçois qu'ils ont construit une terrasse à leur cœur ou quelque chose comme ça ?"
- C'est surtout à cause de la cigarette, me répond prosaïquement William. Comme c'est interdit de fumer à l'intérieur, les cafés gagnent du terrain à l'extérieur."
Ah, voilà un inconvénient de cette loi bête dont on n'a guère parlé. Le désespoir des promeneurs, la mort des errances. Celles et ceux qui marchent, les derniers errants, sont chassés sur la route, bons à se faire ratatiner par les bus et les autos. Des gens comme Beckett ou Cioran ne pourraient plus écrire, s'ils revenaient dans le coin. Oh, et si cela me chagrine tant c'est peut-être parce que ça fait davantage de filles et de types à l'arrêt, qui stagnent et se vautrent sur des chaises de bistrot, qui s'approprient le quartier avec leurs manières d'assis, qui s'étalent et quand même il y en a qu'il est préférable de voir en passants.
L'autre soir après un concert, patientant dans la file des élus ou des damnés - selon ce qu'on en pense - pour aller saluer un ami à l'after-show, je vois une ribambelle de jeunes filles qui se dandinent avec le bracelet qui sert de pass autour du poignet, et me vient l'image mentale d'un même genre d'attaches sur les corps refroidis à la morgue ; j'imagine alors l'histoire d'une fille à qui on accorderait une dernière vision d'elle-même post-mortem et qui serait très heureuse de voir qu'elle est parmi celles qui ont reçu le fameux bracelet ! Comme mon historiette ne trouve à s'inclure dans aucun des travaux qui m'occupe, je décide de tourner ça en un mot, dans mon Journal, sous X. Évidemment, moins de trois jours après, une demi-douzaine de personnes a cru se reconnaître ou reconnaître quelqu'un dans ce fameux X.
C'est l'exercice qui veut ça j'imagine, le Journal en temps réel incite à la paranoïa et aux interprétations affectives...J'ai tendance à oublier cependant quand j'écris que je puisse être lu à des fins d'identification (autre qu'à celle de l'auteur bien entendu) ou bien que certaines personnes iront rapporter à d'autres sur le mode du cancan ce qu'elles ont lu ici...J'ai surtout tendance à ne pas me soucier de qui me lit et des raisons pour lesquelles on me lit, et c'est tant mieux ; sinon il y aurait le risque ou la lassitude de tomber sous le joug d'une inquisition permanente. Qu'est-ce que je comprends depuis maintenant dix ans de terrain si je puis dire, de territoire intime, avec l'écriture de ce Journal ? Et bien dès que quelqu'un m'a reproché une ligne ou un trait, cette personne a fini par disparaître - de mes écrits puis de ma vie, de mes soucis comme de mes fictions. C'est comme ça, quand je perds le goût ou la liberté d'écrire quelqu'un, il ne peut plus exister ailleurs non plus. Depuis dix ans il y a quand même eu des tracasseries - injustes, ou justifiées parce qu'il est normal que je me serve de matériaux intimes, de ce que je ressens. C'est comme si quelqu'un venait me reprocher d'écrire beaucoup au "Je" dans un Journal intime ! (Cela arrivera).
Il y a cette déclaration de Vladimir Nabokov que j'adore (j'adore et la déclaration, et Vladimir Nabokov) :
"Je ne pense pas qu'un artiste doive se préoccuper de son auditoire. Son meilleur auditoire, c'est la personne qu'il voit tous les matins dans son miroir quand il se rase. Je pense que l'auditoire qu'un artiste imagine, quand il pense à ce genre de choses, c'est une salle remplie de gens portant tous son masque."
Bon, c'est vraiment brillant et juste. Quant à moi, si je suis parfois perfectible et tendre, c'est j'imagine parce que je ne me rase qu'une fois tous les trois-quatre matins !
Il y a des personnes avec lesquelles je choisis d'être faible. Parce que si je disais vraiment ce que je pense, je serai effaré par ma propre dureté. Cette dureté existe, mais si je l'exprimais je serais en plein dans l'idée du monde tel qu'il est et que j'ai en horreur, confronté à ça. Alors, la plupart du temps, je choisis d'être faible, par précaution. Et puis est-ce qu'au fond je ne me moque pas de ma propre dureté, est-ce que ce ne sont pas toujours des sentiments de tendresse qui finissent par l'emporter ?
En outre je choisis de ne pas exprimer ce que je pense vis-à-vis de telle ou telle personne, par haine de la violence c'est une chose, mais aussi, et c'en est une autre, parce que je sais parfaitement que je ne serais pas compris, qu'il y a des personnes qui sont tombées dans un registre différent de celui où je me situe et dans lequel je souhaiterais toucher juste.
Pour prendre un exemple je me mettrais à la place de la personne qui ne peut pas comprendre. J'écoutais l'autre jour Alexandre Jardin parler à la radio de son dernier livre et, puisque c'en est le sujet, des femmes. Et bien je trouvais ce qu'il racontait parfois spirituel, intelligent dans le sens des jeux de l'esprit, pourtant je n'étais d'accord avec rien de ce qu'il racontait. Je n'étais pas du tout dans le registre de pouvoir accepter et comprendre ce qu'il racontait. Chaque fois je pensais différemment, et la plupart du temps le contraire. En revanche, quand j'écoute divers entretiens enregistrés avec François Truffaut qui s'exprime sur le même sujet, je suis d'accord avec tout, je comprends ce qui est dit, pourquoi c'est dit, et pour quelles raisons je trouve ça juste ; je comprends aussi cette part hors de la compréhension de toute raison, qui fait directement sens, et qui est un mélange de fulgurance et de charme. Donc, pour revenir à mon point de départ, je dirais que j'ai des rapports de plus en plus distants avec les gens, parce qu'à force je deviendrais trop faible à mes propres yeux pour accepter d'exister.
N'accepter de laisser filer les heures que si leur accumulation prémédite une apothéose ou une fuite.
Rencontre entre Stéphane et Jean-Luc.
Je me sens coincé avec la musique. Cela dépend de tellement de personnes différentes, et dilettantes ou concernées par intermittence, depuis l'élaboration des morceaux jusque dans les issues de production et de diffusion que mon désir et ma nécessité se regardent en chiens de faïence dans un aquarium de temps qui passe.
X me dit fièrement :
- Je fais partie de ces gens qui n'ont pas de mémoire, donc qui n'ont pas de chagrins !"
Voilà le genre de propos que je rangerais dans la catégorie des vérités qui mènent à la sottise.
Journée de surplace, temps pesant, poussière de soleil. Je me sens isolé, perdu, mis en difficulté avec ce disque que j'aimerais faire, par manque d'un maître d'oeuvres obstiné, présent et volontaire.
En dehors des soucis d'argent et de volontés pour faire ce disque j'ai l'impression que de toute façon aujourd'hui, tout est tellement dilué qu'il est peine perdue de vouloir toucher juste et durablement. Une mer d'affections liquides.
F. me demande si j'ai connu des situations à classer dans ce qu'on appelle : L'amour impossible. Je lui dis que la plupart des amours impossibles c'est de la blague, que je n'ai aucune compassion pour les amours que j'aurais pu vivre et qui étaient soi-disant impossibles parce que sur le moment il m'aura semblé tout faire et mon possible pour que ça marche. Alors...
L'amour impossible ? Dans bien des cas il n'est question que de la lâcheté d'un des protagonistes.
Pour me consoler de mon indigénat de plus en plus sévère avec le monde qui m'entoure, A. m'apporte un gâteau aux pommes qu'elle a préparé elle-même. Oui, elle même.
C'est pour cette raison que je qualifie ce gâteau de gâteau aux pommes, alors qu'il serait plus juste de parler de gâteau au sucre qui aurait le vague souvenir d'être passé une fois sous un pommier.
La recette du gâteau tombé dans les pommes. (Pour A.)
Choisir trois belles pommes (laisser les autres sur les arbres). Placer-les l'une à côté de l'autre sur votre plan de travail. Si vous n'avez aucun plan de travail, jetez les idées en vrac et avec un peu de chance et une conjoncture favorable dans une époque médiocre ça donnera bien quelque chose. Pendant que les pommes se regardent les unes les autres pour voir qui est la plus belle, prendre 15 morceaux de sucre si vous savez compter, sinon faites vous aider. Faire fondre avec un peu d'eau dans une casserole jusqu'à obtenir un caramel doré comme un coucher de soleil du peintre anglais Joseph Mallord William Turner. Mettre 100 grammes de farine dans un farinier. Le farinier est à la farine ce que le saladier est à la salade. Mélanger avec 100 grammes de beurre ramolli et 100 gramme de sucre. Pour que le beurre soit bien ramolli, l'asseoir devant la télévision pendant quelques heures (si vous vous y prenez à la dernière minute, une minute d'MTV suffira). Incorporer deux oeufs à votre pâte. Mélanger ou faites malaxer la pâte par votre amoureux(se). Si alors vous ressentez envers la mixture une certaine jalousie, abandonnez la recette et exigez un massage. Verser le caramel dans un moule à manqué (Un moule à manqué est un moule auquel vous avez manqué car on ne vous voit pas beaucoup faire la cuisine). Peler les pommes, découper-les en quartiers à moins qu'elles ne se soient étripées les unes les autres à force de rester ensemble dans la salle d'attente de votre bon vouloir. Disposer les pommes dans le moule enduit d'un subtil caramel auquel vous aurez préalablement donné le nom de : Sunset 1830. Versez-y votre pâte sans oublier d'y ajouter cette part d'inexplicable qu'on trouve dans l'amour, et dans tout ce qui se fait avec savoir-faire.
Placer le tout au four. Faire cuir 30 minutes à 210 °.
Pendant ce temps ouvrir la porte du congélateur et déguster quatre bonnes cuillères de glace Ben and Jerry's "Baked Alaska", crème glacée à la vanille sauce marsmallow avec des inclusions de chocolat blanc en forme d'ours polaire, sous le seul prétexte que c'est délicieux. Sortir votre gâteau du four. Suivre le contour du moule avec un petit couteau appelé en des temps reculés mais qui reviendront : Le désespoir du brigand. Retourner-le d'un trait sur une jolie assiette, en le couvant des yeux - sans oublier d'ajouter à votre envoûtant regard cette part d'inexplicable
qui existe dans l'amour ; et voilà : le gâteau est tombé dans les pommes.
Travail. Tout ce que j'aurais à faire m'excite, tout ce qu'on attend de moi m'exaspère.
Grèle printanière sur Auteuil, fenêtre ouverte sur la cour et le temps chamboulé, pendant que j'écoute Nina Simone, The last shadow puppets, et des vieux airs de Françoise Hardy.
La perplexité de la semaine dernière se poursuit ; j'ai quand même écrit deux choses que je trouve valables pour Werther or Stavroguine sur des musiques que m'ont envoyé Tristan et Marco. Une chanson que j'ai appelé : Tralala song, l'autre : Le principe des forêts, deux textes qui me sont venus jeudi après-midi (parce que la séance d'enregistrement avait lieu vendredi et que je ne pouvais pas arriver les mains vides). Chez Tristan j'ai également enregistré d'une voix hâtive la chanson : C'est un beau jour pour rompre, qui date d'août dernier.
Et, dans la foulée, je lui indique la paire de chaussures à talons qu'elle a laissé sur le tapis : Des Canna Vanella bordeaux.
05.05.08 Musique. Malheureux dans le travail. A la fois dans mes propres morceaux parce que n'étant pas autonome musicalement cela dépend de trop de personnes dilettantes ou détachées, aux priorités secondaires, et je me sens otage des horaires, du bon vouloir ou des impulsions des autres, impulsions toujours faibles, décevantes quant à ma vision des choses, et malheureux également dans le travail que je peux faire pour d'autres car souvent soit mes textes à la manière de projets d'architecte sont mis de côté pour des raisons qui ne dépendent ni de moi ni de mon travail et que je peux finir par juger invraisemblables ou débiles (au résultat de ce qu'on leur préfère), ou bien n'ayant pas le final cut je me vois souvent accepter des solutions qui sont en dessous de ce que j'aurais pu produire si on m'avait laissé carte blanche. Au final, le travail d'écrire des romans devient plus facile que celui de faire des chansons ou de la musique. Alors que c'est un travail plus difficile, bien sûr. Sans comparaison difficile. Mais ce travail plus difficile, plus complexe, est pour moi en ce moment le plus simple.
Comme Francis Bacon je ne considère pas que la photographie soit un art, mais tout comme lui (bien que dans une très moindre mesure) il m'arrive d'en être consommateur, pour l'impact que certaines photographies peuvent produire, disons les images qu'elles peuvent me suggérer, tous les instants qui ne sont pas capables d'être exploités par l'instant photographique. En général, quand je suis attiré par une photo, c'est que je suis attiré par la fille qui est sur la photo. Il n'y a pas à aller chercher midi à quatorze heures.
Et puis c'est juste que les photos, ça ne me trotte jamais dans la tête, ensuite. Je n'ai pas une sensibilité dans ce sens. Il y a pourtant un cas où la photographie m'aide à surmonter la trivialité de la vie, c'est dans le cas de mon père. Avoir à la maison une ou deux photos de mon père, sur lesquelles je peux tomber tous les jours et qui le montre au travail, le surprend au travail (il ne s'agit jamais de photos mises en scène), dans la tour de contrôle de Roissy Charles de Gaulle ou dans le cock-pit d'un avion, en pleine possession de ses moyens physiques, fait que ce sont dorénavant ses images mentales qui me viennent à l'esprit quand je pense à lui, l'image des photos, et elles m'aident à échapper au souvenir de ses derniers instants, sa décrépitude physique sur le lit d'hôpital, sa peau grise et son trou dans la gorge.
Dans le cas de mon père l'instant triomphal de deux ou trois photographies repousse dans un temps de moindre importance l'image incendiaire de la mort.
En revanche, face au jaillissement incontrôlable de ce qui se produit dans les rêves, ces images photographiques n'ont aucun pouvoir, et, en rêve, dans les trop rares moments où mon père apparaît, c'est sous une apparence arbitraire prise à tout moment de ceux où je l'ai connu, ou bien une image plus intuitive, un souvenir vivifiant qui est de l'ordre de la sensation intime dans le sens où je pourrais dire que c'est une image qui se passe d'images.
Sortie de la revue Bordel numéro 8. Premier livre qui paraît sous le nom de Stéphane et des éditions qu'il vient de créer. Je lui ai donné un extrait du roman que je suis en train d'écrire et qui s'appelle : On ne se souvient pas du goût des baisers.
Un chapitre entier qui fonctionne comme une petite nouvelle.
Je suis heureux d'être parmi les auteurs présents au début de cette aventure : le premier livre Stéphane Milion éditeur, comme j'ai été heureux d'avoir un texte publié lors du premier numéro de la revue, éditée à l'époque par Flammarion au printemps 2003.
Gloire à Stéphane car rares sont les personnes qui, au cours d'une vie, vous offrent plusieurs débuts.
Déçu par Control le film d'Anton Corbijn. La sensation durant tout le film que le réalisateur avait survolé son sujet. Les allers-retours entre la vie et l'oeuvre sont vraiment expliquées avec de grosses ficelles (pas de mauvais jeu de mots avec la corde), la plupart des plans et des séquences sont prévisibles ; on voit bien que c'est raconté par un type qui ne comprend pas le fond des choses ; il n'y a pas de moments de gouffre dans ce film, très peu d'idées ou de perceptions poétiques et du coup le personnage paraît à la fois lisse et hermétique, il y a comme une barrière lisse qui se dresse entre ses préoccupations, ses fictions, ses troubles, et le spectateur. Les plans intéressants sont toujours trop courts, toujours la porte se ferme sur la possibilité de toucher à quelque chose de plus grand ou la nécessité de faire corps. Le paradoxe du film est qu'il est assez long (1h51) et pourtant bâclé à chaque fois que quelque chose d'important risque d'être dit. C'est en somme un film qui devrait être sur le risque et qui n'en comporte aucun.
Il faut dire que vu les sujets qu'il aurait dû aborder - ainsi que le rapport dostoïveskien de Ian Curtis (l'épilepsie, The idiot, la trinité amoureuse) j'attendais sans doute un peu trop de cette odyssée funèbre, j'ai été déçu du début à la fin, je suis resté à l'extérieur de ce qu'on me racontait - récit froid et en surface - alors que la moindre des choses - quand on sait que l'une des données fondamentales du héros est l'épilepsie - eût été de pouvoir faire corps.
Mon plan préféré se trouve vers la fin du film quand Sam Riley est dans la même pièce que l'actrice qui joue la mère de Ian Curtis, elle assise de face et lui de dos penché sur le téléphone, de sorte qu'on ne voit pas sa tête mais juste la masse noire, déjà funèbre, de son apparence ; ce plan m'a frappé pour les rapports plein / vide qu'il produit, pour ce jeu sur l'absorption qu'il propose.
Après, j'ai revu Primrose Hill de Mikhaël Hers et bien que ce soit quelque chose de tout à fait différent, en un court dialogue entre deux des jeunes protagonistes du film j'ai eu l'impression qu'on en disait davantage sur la musique et les difficultés de la musique et de l'existence que dans les 1h51 de Control.
J'ai revu avec beaucoup de jubilation Primrose Hill. Même si les transitions avec le personnage en voix off sont à mon goût trop artificielles, et sans doute pas la meilleure solution pour relier ou introduire les séquences. Cela étant j'adore ces longues parties de dialogue en proche banlieue, ces territoires de dialogue, dans ce qui est dit et la manière dont cela est fait. Primrose hill reste pour moi le film français qui m'a le plus touché cette année, dans la compagnie, la communauté oserais-je dire, de ce que je ressens.
Il y a un moment dans La peau douce de François Truffaut où le film aurait pu s'arrêter là. Sous l'injonction d'une amie de sa femme, Pierre Lachenay, le personnage joué par Jean Desailly, décide de téléphoner à son épouse pour lui dire qu'il a rompu avec sa maîtresse (tiens, il y a une sorte de moment parallèle dans Control).
Or, la cabine téléphonique du restaurant dans lequel il déjeune, et où il vient de passer son précédent coup de fil, est maintenant accaparée par une jeune femme. Une inconnue très féminine dans ses manières, très séduisante. Desailly regarde longuement la jeune femme, et bien que son jeu soit plutôt illisible, je me plais à penser qu'une des intentions de François Truffaut, et une solution peut-être meilleure encore, fût que son personnage ne retourne pas dans la cabine une fois celle-ci libérée. L'appel d'une jeune femme et de toutes les autres à loisir. Se remettre encore en jeu. La fonction on de la mélancolie.
Lachenay pourrait se dire : Oui il y a eu ma maîtresse (toute Françoise Dorléac qu'elle est), ma maîtresse inespérée, et puis ma femme, et c'est inespéré de la reconquérir mais c'est encore possible, pourtant cette séduisante inconnue dans la cabine téléphonique et qui me plait, est le lien vers toutes celles qui me plairont et vers celle qui demain me conviendra mieux.
Tout est foutu de toute façon alors à quoi bon retourner en arrière quand l'inconnu-e m'appelle avec tant de force et de légèreté à la fois.
L'autre soir X me demandait :
- Mais comment se fait-il qu'on puisse tomber encore amoureux ? Et même si on est bien avec une personne. Comment se fait-il qu'on puisse tomber amoureux, encore, de quelqu'un d'autre, de nouveau. D'où nous vient cette capacité à reprendre, recommencer ?"
Je lui répondais que c'est affaire de projection souvent, de nécessité parfois, et qu'aussi : l'inconnu a toujours l'avantage.
Enfin, pas toujours.
Donc dans La peau douce, le film aurait pu s'arrêter là. Lachenay serait venu se rasseoir. Il aurait renoncé à recoller les morceaux. Je trouve cette solution meilleure de mon point de vue et je me plais à penser que François (Truffaut) y a songé mais qu'il a trouvé meilleur de son point de vue - il était en pleine période Hitchcock - que Lachenay patiente pour revenir dans la cabine téléphonique et que s'en suive le moment de suspens avec sa femme qui est dans l'appartement avec une arme, s'apprête à sortir, court dans les escaliers, la rue, puis vers le restaurant jusqu'au moment fatal.
C'est donc le suspens hitchcockien qui l'emporte tandis que moi, à ce moment du film, j'aurais laissé de côté le suspens et poussé sur la fonction on de la mélancolie.
Loïc André m'a interviewé longuement le 18 mars dernier pour le webzine, Discordance. C'est un jeune homme qui s'est attaché à mon travail il y a quelques années déjà, qui le connaît très bien, et donc il devrait y avoir des choses intéressantes ou de bonnes phrases dans cette interview - sortie de magnéto et dont je n'ai pas retravaillé par écrit mes réponses. Loïc m'envoie ce soir le lien à suivre pour lire l'interview.
Un succès est toujours contagieux jusqu'à ce que votre propre cœur s'improvise médecin.
La station Bonne nouvelle est plongée dans l'obscurité.
Trajet en métro jusqu'à Oberkampf puis je remonte les rues Oberkampf et Ménilmontant pour me rendre au studio de répétition où William et son groupe travaillent. Répétition de Philosophy football, que je vais chanter avec lui demain soir à la fin de son concert. Le trio qu'a formé William : contrebasse + batterie + guitare, est vraiment très bon, très probant. J'espère vraiment que la formule tiendra plusieurs concerts tant l'espérance de vie des trucs à trois dépasse rarement une nuit. De mon côté quand je pense à la musique, à ma place dans le monde de la musique, ou aux chansons que j'aurais envie de faire, envie de faire comme des espaces à conquérir quand j'y pense, je me sens comme un Christophe Colomb qu'on aurait privé de bateaux ou auquel on aurait filé des canots de sauvetage.
Aujourd'hui il me semble que les gens parlent si fort, sont si bruyants, livrés de manière sonore avec leur apparence, que c'est comme s'ils étaient nés sans pudeur.
Ce n'est même pas qu'ils font du bruit pour exister. Comme de jeunes musiciens. Non, c'est comme si faire du bruit était planté dans leur existence.
Nous sommes des êtres incomplets et parfois, à plusieurs, nous parvenons à donner le change pour former le puzzle d'un instant, d'une période de vie.
Les plus chanceux d'entre nous s'en vont faire des puzzles ailleurs, les moins résistants échouent dans leur entité manquante.
Ils s'écrasent dans leur entité manquante, imbus du souvenir pour eux-mêmes de protections lâches.
L'élégance qui surgit dans la simplicité d'une femme dont le cou élancé est noué d'un joli foulard ; elle regarde la carte des itinéraires de bus ; le calvaire de la légèreté pour celui qui porte vers elle un regard qui ne sait pas être - ou s'en sortir - sans conséquence.
Car être c'est sans sortir, noué d'un regret.
Je suis toujours tiraillé entre un désir de sécurité et de minutie qui me permettraient de travailler à mon rythme - lentement quand je sens que ça doit aller ainsi, à toute vitesse quand la passion me guide - et la précipitation un peu désinvolte qui s'empare de moi dans l'enthousiasme que les choses existent pour de bon.
J'ai des idées pour mon travail et je suis toujours à la recherche d'un territoire et d'un demain sécurisants. Le problème du temps est un problème de rythme.
Quelques jours sans grande activité stoppés par l'accélération assourdissante de la chute du collier de la jolie vendeuse asiatique sur le carrelage du magasin Agnès B. de l'avenue Georges V. Plus tard, je lis dans le Dhammapada : "Vivrait-on cent ans, sans comprendre le surgissement et la chute, meilleur est, vraiment, un seul jour de la vie de celui qui comprend le surgissement et la chute".
Hier il est arrivé quelque chose d'étonnant, je rejoins Stéphane dans ce café de St-germain-des-prés que je fréquente depuis un certain temps, et dont je suis un des grands ambassadeurs - si je puis dire. Or, dès qu'il me voit arriver, un des garçons de café - au demeurant le moins sympathique de ceux qui ont l'habitude de tourner durant la semaine - m'apostrophe en déclarant qu'il refuse tout net de me servir. Au départ je crois à une blague, mais il garde un air obstiné et me rétorque : "C'est terminé pour vous, et vous savez très bien pourquoi !". Tout de suite des tas de trucs incroyables ou fabuleux me passent par la tête à propos de ce "Vous savez très bien pourquoi !", mais la raison semble somme toute bien triviale, puisqu'un deuxième garçon vient m'apprendre que son collègue lui a rapporté que samedi soir je me serais comporté comme un voyou (ce qui fait bien rire Stéphane) en jetant un verre de Monaco sur des billets de banque pour protester qu'on ne serve pas de café en terrasse (d'après ce que j'ai compris). Bon, samedi soir je n'étais pas du tout à St-germain-des-prés mais je dînais avec A. dans les jardins du musée Rodin. Et puis je n'ai jamais bu un "Monaco" de ma vie. Après quelques faibles protestations tellement nous étions estomaqués, nous décidons Stéphane et moi de quitter un lieu où on refuse de me servir. Il y a dans cette anecdote un plot vraiment seinfeldien qui me plait, mais au-delà de ça, et au delà de la méprise aussi stupide qu'obstinée du garçon de café
qui a sans doute cristallisé dans son erreur un ressentiment qu'il devait porter depuis longtemps envers ma personne, c'est l'idée qu'un petit événement de cet ordre, maladroit mais décisif, sert de déclencheur à nous faire changer pour de bon d'habitudes - et de période de vie ; Quelque chose est provoqué, un malentendu, un incident, et on change de terrain, quelque chose se casse en nous, c'est comme avec les êtres, une réflexion, une manière de réagir, et malgré tous les efforts qu'on peut faire pour poursuivre, quelque chose s'est cassé. Le sentiment de sécurité ou de bien être est perdu. Mais souvent c'est un bienfait : quand quelque chose se casse, quelque chose se décide. Pour le coup, on passera moins de temps dans les cafés.
L'autre jour Yvan (T) me disait avoir entendu que mon prochain roman porterait sur le milieu de la musique, l'expérience d'un chanteur avec son label, et me demandait avec un ton pince sans-rire si j'y réglais mes comptes avec l'expérience Roy Music. En fait, non seulement il n'est pas directement question de Roy Music puisque mon héros et son groupe ont été signés dans une Major compagnie, et puis je m'aperçois que ça ne parle pas spécialement du milieu de la musique, ça évoque simplement quelques comportements comme il nous arrive de croiser des types desquels on pense : Tiens, celui-là il a un drôle de comportement ! De fait j'ai bien envie d'écrire cet été une sorte de roman ou de récit à la première personne qui parlerait du milieu de la musique dans une immersion totale, alors que Le garçon qui dessinait des soleils noirsne fait que le traverser, il est dans d'autres problématiques de toute façon, des histoires de chevalerie errante, des histoires de famille, des histoires d'amour.
L'idée d'une histoire moins grave et plus édifiante me trotte dans la tête ces temps-ci - surtout au moment où la musique n'en finit pas de me consterner (à la fois comme chanteur mais aussi comme auteur de chansons).
Sébastien (Mathieu) voulait absolument me faire jouer dans son prochain court-métrage mais je n'étais pas à l'aise avec le scénario et le texte, et comme je lui avais promis il y a longtemps de passer devant sa caméra, je ne savais pas trop comment mé dépêtrer de la situation, alors je lui ai dit : Ecoute, je ne me vois pas dans ce film mais si tu veux je t'écris le scénario et les dialogues d'un autre film que tu pourras touner quand tu veux." C'est ainsi qu'est né le script de J'embrasse toujours en avril, et Sébastien est en train de se démener pour monter une équipe, un casting, obtenir les autorisations et commencer le tournage. Je dois jouer un des personnages mais je ne me sens pas du tout acteur, ce n'est pas une direction qui m'intéresse, et dans l'idéal j'espère bien qu'on trouvera des acteurs assez pertinents pour que j'aie à m'éclipser de cette fonction, même si Sébastien n'en finit pas de me tendre le script et de me brandir la dernière phrase du dialogue en répétant : "- Mais voyons Jérôme, il n'y a que toi qui puisse dire une phrase pareille et que ce soit crédible !"
24.05.08 Sur Direct 8, avec Thierry (Frémont) pour parler de la revue Bordel.
Regardé à la télé le dernier match de Gustavo Kuerten à Roland-Garros.
Hier soir, revu avec A. le film de Vincente Minnelli, Some came running. Cela m'a fait pensé à Godard et à Deleuze. Ce que dit Deleuze du cinéma de Vincente Minnelli, dont le thème récurrent est le rêve de l'autre qui est un danger pour celui qui ne rêve pas, le thème du rêve dévorant. Ainsi dans Some came running, le personnage joué par Frank Sinatra illustre à merveille la théorie de Deleuze, il est celui revenu de tout rêve (une sorte de Seymour Glass indifférent) et qui se fait dévorer par les rêves ou les ambitions que les autres projettent à son égard. Ainsi le personnage joué par Shirley MacLaine veut lui imposer le rêve de la fiancée, le personnage joué par Dean Martin veut lui imposer le rêve de l'ami, et celui interprété par Martha Hyer le rêve de l'admiration et de l'âme soeur, admiration qui se porte sur son talent d'écrivain alors qu'il a renoncé à écrire au moment où débute le film.
J'ai pensé à Godard qui place le cinéma en tant qu'art et histoire - au même titre que la peinture - par l'envergure des citations qu'il propose, et qui fait référence dans deux de ses films au moins à Some came running de Minnelli : le sac peluche que trimballe Shirley MacLaine et celui d'Anna Karina
dans Pierrot le fou ; le chapeau qui ne quitte pas Dean Martin dans chaque séquence de Some came running et la citation directe dans Le mépris où Michel Piccoli annonce à Brigitte Bardot agacée que s'il n'ôte pas son chapeau - même quand il s'installe dans la baignoire - c'est pour faire comme Dean Martin.
Or je crois qu'on distingue les grands auteurs par la profondeur qui se cache (comme dessous un chapeau) de chaque détail ou citation. Il est sans doute impossible en 1963 que Godard ait eu connaissance des idées de Deleuze (qu'il n'énoncera ou ne formulera d'ailleurs que bien plus tard) sur le cinéma de Minnelli, pourtant cette histoire de chapeau et de citation directe à Some came running Godard ne les place pas dans Une femme est une femme, ni dans Pierrot le fou, mais bien dans Le mépris, et j'aimerais y comprendre quelque chose qui ne soit pas le fruit du hasard.
De toute façon le fruit du hasard est parmi les fruits accessibles celui qui comporte toujours le plus de vers.
Car si Deleuze pense que Minnelli ne fait que développer son thème du rêve dévorant, quoi d'autre que Le mépris et cette histoire de chapeau pour fixer et inclure Godard dans une problématique identique.
A savoir que Le mépris est celui de ses films qui parle le plus du cinéma en tant qu'industrie, travail et fascination, d'Hollywood appelée communément "L'usine à rêves", et ici, devenue dans une même trajectoire minnelli-godardienne : L'usine à rêves dévorants.
Dans Le mépris tout comme dans Some came running, il est question de rêves dévorants, le réalisateur est dévoré par le producteur, le scénariste est dévoré par son sujet, la femme est dévorée par un choix de directions qui une fois concrétisé conduit à la mort. Enfin, dans tout ce pétrin qui fait le cinéma, le rêve lui même, et le mythe, sont dévorés par la réalité.
30.05.08 Musique. Depuis le début de l'année avec le groupe nous sommes entrés dans l'air du : "C'est déjà ça."
J'ai commencé à travailler sur une nouvelle que je voudrais ajouter au roman de septembre. Stéphane n'est pas opposé à l'idée, même s'il trouve que les deux textes qui composent le livre en préparation entretiennent entre eux un très fort équilibre.
D'autre part il m'écrit : "J’ai relu Le garçon qui dessinait des soleils noirs, et ce qui est bien, c’est
qu’il s’impose toujours, il y a toujours une idée qui germe ou une
phrase qui jaillit, un renouveau, une découverte." Ce qui me cause un réel plaisir parce que c'est ce que j'aime chez mes auteurs de chevet, l'idée qui germe et la phrase qui jaillit (Salinger plus encore que Fitzgerald je dirais).
Je travaille sur ce nouveau texte qui raconte un épisode de la jeunesse d'un de mes personnages, avec beaucoup d'enthousiasme et d'ardeur, fort des retours de lecture sur Le rouge et le bleu, où l'on m'écrit de toutes parts avoir été très sensible aux passages concernant l'enfance, la petite adolescence. De toute façon si Stéphane estime que ce texte que je voudrais ajouter désquilibre le roman à venir, ce n'est pas du travail perdu, mais une nouvelle qui existera pour plus tard.
Les filles dans le métro. Mon premier regard est toujours pour le visage. Et puis je jette un deuxième regard pour voir comment le corps se déploie, se situe, après le visage.
Quelques films revus avec A. : Big fish de Tim Burton, et Sabrina de Billy Wilderqu'elle a adoré. Masculin-féminin de Jean-Luc Godard qu'elle a détesté, mais je lui ai expliqué pourquoi c'était très fort, comment ça liquidait Maupassant pour prétexte, et, mine de rien, recollait aux intentions de Maupassant.
Par ailleurs j'aime beaucoup Jean-Luc Godard parce que c'est un cinéma pour amoureux, dans le sens où c'est un cinéma de la déclaration.
Où poésie et discours sont intimement mêlés. Comme dans la déclaration amoureuse.
Faire l'amour pendant un orage = manger un ice cream sur un scénic-railway ?
Vu La nuit nous appartient de James Gray. Au départ j'ai du mal à entrer dans le film en raison d'une situation posée qui me semble convenue, à la limite du déjà vu ou de la caricature, et puis les acteurs sont si bons que ce sont eux qui m'amènent à me passionner pour l'histoire, à entrer dans le film, ce que je fais entièrement au bout de vingt minutes, le souffle coupé par l'âpreté des scènes, la sublime poursuite en voiture sous la pluie, la profondeur des personnages dignes de la tragédie grecque. Je retrouve avec bonheur les thèmes, les pistes, le langage de James Gray, déjà amorcés dans Little odessa et The Yards, la liberté individuelle et la raison familiale, la guerre ou la rivalité des prétendants comme dirait Deleuze à propos de la Grèce antique, les limites du choix et la puissance de l'atavisme. Tout cela est nettement supérieur à n'importe quel polar du fait que James Gray fait revivre les problématiques des héros de la Grèce antique dans le New York des années 80. Je ressors du film avec l'impression d'avoir vu un éternel et vivifiant chef d'oeuvre.
Le coup de grâce reste un coup. Je pensais à ça l'autre jour, quand me revenaient en mémoire divers épisodes de confrontation concernant mon travail dans la musique. Dans les explications tendues, les querelles quand elles jaillissent, je ne cherche jamais à surenchérir face aux arguments qu'on m'oppose au cas où ils me font pitié. Je reste estomaqué face au caractère édifiant de ce qu'on m'assène, qui n'est souvent que de la mauvaise foi précipitée.
J'aurais fait un piètre politique parce que je ne sais pas faire du saute-mouton par-dessus des arguments qui me blessent de surprise, quand ils témoignent du peu de cas ou de la bêtise dont font preuve ceux qui les portent sincèrement. En outre je suis trop pessimiste sur les êtres pour avoir le goût absolu de convaincre.
Et, même quand il serait facile de se défendre par une attaque précise, je n'éprouve pas davantage le goût de porter le coup de grâce, puisque la grâce consiste justement à ne pas porter certains coups.
La réalité est rarement tendre. Aussi quand je mens au sujet des autres, ou quand je me mens à moi-même au sujet d'un tel ou d'un autre, c'est la plupart du temps par tendresse.
Tennis féminin à la télé. Match entre Elena Dementieva et Dinara Safina. Dans le dernier jeu du dernier set, Safina mène sur Dementieva, prête à la crucifier d'un jeu blanc, et au moment des deux ultimes balles du match il y a encore des types dans le public pour crier à gorge déployée le nom de Safina, je veux dire s'il y a bien quelqu'un à encourager à ce moment du match c'est Elena Dementieva qui a six jeux quasiment à rattraper...Pourtant, non, il y en a toujours pour crier et encourager celle qui domine haut la main.
Encore une fois, c'est très bien que je ne m'occupe pas de politique ou quelque chose comme ça, parce que ce genre de hurleurs je les ferais interdire de cours à vie ou bien j'ordonnerais que leurs corps servent de murs d'entrainement à tout un pelotons de jeunes tennismen fougueux. C'est comme ça la vie, on ne peut pas compter sur une valeur absolue de la justice, du bon sens ou de l'humanité, voilà, il y aura toujours des connards pour, quoi qu'on fasse, hurler avec les gagnants, et ne pas comprendre qu'il faille vous soutenir au moment exact où vous auriez besoin d'aide, et cela me déprime parfaitement.
Des kilomètres de courrier en retard. Deux jours intenses de travail à La solitude exécutée, nouvelle d'environ quinze pages que je souhaiterais ajouter au roman de septembre. Heureux de mon travail, j'ai avancé à l'intérieur de l'écriture sans doute ni perplexité ; ceux-ci sont revenus dès que je m'en éloignais un peu - pour rejoindre la vie passante (Les bras et l'amour de A. limitant heureusement la casse). Maintenant c'est la tristesse d'être sorti du champ de cette histoire, d'être arrivé à ce que je souhaitais (le seul cas où il m'arrive d'éprouver une petite tristesse quand j'arrive à ce que je souhaite). Il va falloir conquérir d'autres espaces à fixer. Espaces inconnus aux trajectoires intimes qui ne demandent qu'à se donner.
Quand même pour ces deux trois journées de travail j'ai trouvé que j'avançais à un rythme satisfaisant, pendant l'écriture, prenant des directions fiables à mon goût, ne perdant pas de temps dans les fausses pistes (phrase à relire les jours de surplace et de créativité nulles).
Bon travail parce que j'avançais en confiance, maîtrisant bien le registre des personnages, et aussi une fois que j'ai trouvé la place de mon héros par rapport aux personnages féminins. Les personnages féminins dont les visages ont presque toujours des sources et des origines dans la réalité, m'aident à avancer dans l'écriture, à ne pas faire de sentiment avec le superflu. (Faire du sentiment avec le superflu : ce que je pardonne rarement aux gens que j'aime dans la vie, ou bien c'est que les chemins qu'ils prennent m'indiffèrent, ne m'impliquent guère plus).
Pour les filles je dirais que si elles ne me facilitent pas toujours l'existence, elles me facilitent souvent la vie dans l'écriture.
J'ai envoyé la nouvelle à Stéphane dans la soirée en espérant qu'il en validera la nécessité pour le livre de septembre.
Paris, l'été : Des filles qui portent avec conviction des modèles de robes qui ne leur vont pas.
Réponse favorable et enthousiaste de Stéphane au sujet des quinze pages de La solitude exécutée. Il y a juste le titre qu'il n'aime pas, qu'il trouve trop théorique.
Avec les années, la vie ne m'a pas donné davantage le sentiment de l'immédiat que lorsque j'avais, mettons, quinze ans. En revanche, elle m'a enseigné la sensation de l'éphémère - à coups de pertes, de déceptions, d'écoeurements.
Bonheur, tristesse, tout cela bien sûr est éphémère ; même si ce sont à leurs tristesses que les âmes nobles pardonnent le moins d'être éphémères.
Une autre forme de tristesse que serait un bonheur préoccupé.
Musique. Managers et musiciens absents, démobilisés, dans les vapes, dans d'autres préoccupations, dans d'autres galaxies comme dirait X à ce sujet...Les perspectives tournent à vide et si je ne trouve pas une issue, je m'apprête à faire des disques comme Cocteau des films dans l'intervalle des deux Orphée, un tous les dix ans, faute de moyens de production, faute d'intelligences, faute de volontés qui permettent de créer du visible.
Après-midi avec Stéphane parmi des moineaux qui, au café le Rouquet, volent de table en table, à relire le manuscrit du Garçon qui dessinait des soleils noirs. Stéphane avait pris des notes concernant quelques virgules, et souhaitait que je lui lise les phrases en question, à haute voix. Souvent, avec ma voix, mon souffle, ça passe. Mais j'objecte à Stéphane qu'il faut peut-être le suivre, que malheureusement chacun des lecteurs ne lira pas ce livre avec mon phrasé. Ou alors, écrire, consisterait justement à ce que la rencontre de deux lectures tourne à l'avantage de celui qui a posé les mots. A reprendre Le garçon qui dessinait des soleils noirs, je m'aperçois de la faiblesse du début. Il faut que ce soit à la fois puissant et plaisant, dans le même mouvement. Recherché, soutenu, et limpide à la fois, comme j'en ai la sensation chez Francis Scott Fitzgerald par exemple.
Une fois rentré à la maison, je reprends tout le début, supprime des passages, et réécris encore en essayant de rendre Basile plus humain ; à portée.
Même si cela constitue ma principale source de revenus, écrire des paroles de chansons pour d'autres chanteurs est quelque chose qui me plait de moins en moins. Parce que la plupart du temps, placer un de mes textes chez tel ou tel artiste de grande notoriété dépend de tout un tas de considérations et de personnes qui n'ont rien à voir ni avec le texte ni avec moi. Pour les chanteurs qui me sollicitent directement, dans nombre des cas (sauf de brillantes et superbes exceptions), 80 % de mon temps n'est pas passé à écrire le texte, mais à convaincre de la nécessité, de la pertinence ou de la beauté de telle phrase, ce qui devient parfaitement épuisant. J'ai toujours l'orgueil de croire que si, dans ce milieu, on faisait davantage confiance aux auteurs en général (et à moi en particulier), les chansons seraient meilleures et le milieu de la musique resurgirait poétiquement de son marasme (même si les foules se foutent d'aimer des platitudes, du moment qu'on leur donne le loisir d'aimer). Certains jours, même l'orgueil m'ennuie ; à d'autres moments, seul cet orgueil m'exhorte à travailler sur ce terrain et à me dire que c'est une activité artistique et plaisante.
Après, il existe aussi tout un tas de bonnes chansons que j'aurais écrites avec divers compositeurs et qui restent au placard parce que des types en maisons de disques en ont décidé ainsi. Autant pour ces compositeurs que pour moi, c'est faire une oeuvre sourde, non visible, souterraine, qui est triste, quand on y pense. Une œuvre en négatif.
Et encore, si les inepties qui étaient produites à la place, marchaient, rapportaient de l'argent, mais la plupart du temps ce n'est même pas le cas.
Je cherche de belles éditions des aventures de Tom Sawyer et Huckleberry Finn dont l'un des tomes joue un rôle important dans La solitude exécutée sans que je comprenne encore bien pourquoi.
Pourquoi ce livre précisément s'est imposé pendant l'écriture. L'intrépidité, l'évasion, les valeurs qu'on y trouve (ou du moins que je suspecte s'y trouver d'après le vague souvenir que j'en ai) et qui servent de refuge au jeune adolescent qui, dans ma nouvelle, possède ce livre et se réfugie dans sa lecture. Comme A. ne connaît pas l'oeuvre de Mark Twain et me demande quel en est le sujet, je lui résume le personnage de Tom Sawyer par : Un rapide au bord de rapides !
J'envoie à Stéphane ma énième version du manuscrit du roman de septembre. J'ai ré-écrit tout le début. Plus simple, mais tout autant aiguisé. Je commence une nouvelle qui a pour titre : Le boulevard Saint-Germain est en sens unique.
Manque d'air, asphyxie de tout. J'emmène A. à Trouville-sur-mer pour une journée improvisée, et, sur la plage quasi-déserte, je lui lis un chapitre entier de L'été 80 de Marguerite Duras, face à la mer et avec dans notre dos l'hôtel des Roches noires.
Douleurs au cœur depuis une semaine, manque de souffle et j'ai perdu ma voix, si bien que parler plus de trois minutes au téléphone est une torture. D'autant que la plupart des gens répètent toujours quinze fois la même chose, pour se rassurer ou je ne sais quoi, au lieu d'aller à l'essentiel.
Je pensais que la nullité de mon activité musicale en ce moment, l'angoisse de me sentir pris en otage et dépendant d'un tas de personnes ou de circonstances molles et déficientes, étaient la cause de ce mal-être et de cette perte de voix, mais j'ai préféré aller voir mon médecin pour qu'il s'assure que ça ne vienne ni du cœur ni des poumons. Rien à déceler de ce côté-là heureusement, juste la trachée complètement bloquée, d'où les sensations d'étranglement, de manque de souffle. Du coup me voilà shooté aux antibiotiques ; pour les serrements de coeur, si j'ose dire, une nouvelle cure de magnésium m'attend.
A. rentre à la maison, l'air préoccupé. Je lui demande ce qui ne va pas, ce qui s'est passé dans la journée, et elle me dit qu'elle préfère ne pas parler de ça, qu'elle ne veut pas m'embêter mais voilà : "Ce qui est fatiguant avec les gens, c'est qu'on doit toujours s'occuper de tout. On ne peut jamais leur faire confiance."
Plus tard encore, alors que je lui confierai en deux mots mon pessimisme sur telle histoire, A. me répondra : "De toute façon, les gens ne comprennent rien tant que ça ne les concerne pas de près."
Je ne sais pas quels mystérieux événements de sa journée ont pu provoquer en elle ces solides et amers verdicts, et je ne cherche pas à faire des investigations puisque passer du temps ensemble semble suffir à chasser ses idées noires, mais je retiens encore, longtemps après qu'elle se soit endormie, ces phrases aussi poignantes que véridiques, qui tombent justes.
Quelque temps après la sortie de L'amoureux en lambeaux, j'ai reçu plusieurs lettres qui me parlaient du plaisir de sa relecture, qu'à la relecture du livre, des phrases ou des formules étaient redécouvertes, soulignées, ressenties différemment, ou tout simplement remarquées alors qu'une première lecture les avait survolées dans l'élan. Bien entendu, ce genre d'affection pour un livre ne peut que toucher, encourager à truffer les prochains livres de pépites pour reprendre le mot d'Armand Biancheri à propos des textes de chansons.
De manière plus générale, je crois qu'au mieux un bon lecteur ne retient d'un livre qu'une sensation d'ensemble et une poignée de phrases fortes (et, encore, la poignée est optionnelle). Pourtant, à la relecture, le lecteur n'en finit pas d'être charmé par ce qu'il découvre en terrain conquis (si j'ose dire) ; merveille du temps et de l'oubli, pour une fois. C'est du moins le rapport que j'ai avec les auteurs que je relis en permanence : Duras, Salinger, Dostoïveski, Fitzgerald...
Et c'est parce qu'un bon lecteur ne retient d'un livre qu'une sensation d'ensemble, aussi forte et pénétrante soit-elle, et quelques phrases, qu'il faut s'efforcer que chaque phrase soit cruciale, ou bien, si elles ne peuvent pas toutes l'être, elles doivent amener vers une phrase cruciale, comme un chemin en pente sur la mer.
Fuir Paris le jour de la fête de la musique, est un juste retour des choses.
Garden party au fin fond des Yvelines, chez Emma et Kad. La sérénité des visages, le calme accueillant des tables dressées dans le jardin, des bougies tout autour de la maison, un immense lustre pendu à un arbre. Plaisir de revoir Daran, et de parler avec lui hors contexte chansons.
William lance le sujet : - Qu'y a-t-il de plus important pour un musicien, son instrument ou sa femme ?" Je propose qu'il faille y répondre en prenant pour valeur l'absence. Dans l'absence de l'un ou de l'autre, qui des deux nous fait le plus cruellement ressentir notre solitude, notre empêchement... (Et bien qu'on puisse manquer d'inspiration avec l'un comme avec l'autre).
Et aussi, en leur présence, qui des deux nous permet le plus d'être dans une projection totale de soi-même, tout en oubliant parfaitement notre condition (de mortel). Bref, comme fête de la Musique, ça valait largement Tokio Hôtel au Parc des Princes. Au cours de la discussion, le joli mot de Daran : "Si j'avais gardé toutes mes guitares, je serais riche. Si j'avais gardé toutes mes femmes, je serais pauvre !"
Fin de soirée avec A. dans un hamac au fond du jardin, pendant que crépitent sur la piste de danse les ombres et la rumeur de l'orchestre et des convives déchaînés.
Dès que je rentre à Paris, vers trois heures du matin, après cette sompteuse, douce et dépaysante soirée, me revient - qui m'oppresse depuis plus d'une semaine - la sensation d'étranglement.
30.06.08 Vu le film Across the universe, effrayant de platitude. Tout y est raté, de la scène du premier baiser aux retrouvailles finales, un traitement du romanesque proche des sit-com bas de gamme pour ados. Sur le papier pourtant, le film m'intéressait vraiment, les Beatles et Evan Rachel Wood. Le film souffre aussi de cette idée absurde de réinterpréter les chansons des Beatles dans une soupe de comédie musicale qui en donne des versions navrantes et sirupeuses comparées aux productions originales. C'était bien entendu l'écueil dans lequel ne pas tomber, car comment se frotter de façon hollywoodienne au travail de George Martin et des Beatles ?
Pour le reste, tout est très conventionnel ; à côté, Control d'Anton Corbijn c'est Les hauts de Hurlevent d'Emily Brontë ; et l'apparition en une minute des Beatles dans le film génial de Todd Haynes, I'm not there, aux côtés de Bob Dylan est mille fois plus pertinente et sagace que les deux heures et quelques d'Across the Universe.
En visionnant ce film je me disais que j'ai peut-être été trop conventionnel dans la durée du Rouge et le bleu sous certains aspects, à l'exception de la nouvelle incluse à l'intérieur de mon petit livre. Si je devais le réécrire aujourd'hui, je rajouterais quelques passages plus détournés je dirai, je ferais ça autrement, même s'il y a des récits que j'aime beaucoup tels quels, comme : She don't care, Abbey road, et, Pourquoi John lennon avait tort. Ainsi que mes poèmes. Je crois que les poèmes dans Le rouge et le bleu tiennent bien la route. Mais il y a quand même des trucs que je ferais autrement ou réécrirais tout à fait, et puis je rajouterais bien quelques pages, je ferais quelque chose sur la chanson : The long and winding road, et la période lost in the sea de Magical Mystery tour, après la mort de Brian Epstein.
En même temps, j'explique cette sensation d'avoir été un peu conventionnel par la manière dont j'ai abordé l'exercice de ce livre de commande, à savoir des souvenirs de la petite adolescence, dix-quatorze ans, une période que j'aie traversé sans grande révolte, une enfance protégée, qui m'a peut-être d'ailleurs plus attiré naturellement vers les mélodies réconfortantes de Paul McCartney que vers les pistes dangereuses, les couleurs plus criardes de John Lennon. Quelque chose de conformiste en apparences qui tient à ma situation à cet âge-là, mais de la même manière qu'ont puisse trouver je crois les films et récits de François Truffaut conformistes, je veux dire la magie peut très bien opérer aussi dans ce cadre-là, même peut-être avec plus de poésie et d'acuité, et c'est ce que j'ai essayé de faire avec Le rouge et le bleu.
Un couple, dans le métro. Lui :
- Je suis là, donc tu ne sors pas sans moi. Quand je ne suis pas là, c'est différent, tu fais ce que tu veux.
- Ah bon...? Dit la fille interloquée, prise entre la révolte et la tentation.
- Hé bien oui, répond le type, tu fais ce que tu veux. Je ne serai pas là pour vérifier !"
Travaillé une partie du week-end sur un texte pour une chanson d'accompagnement du livre à paraître, comme je l'avais fait pour L'amoureux en lambeaux. Cette fois, c'est Pierre (Guimard) qui a composé la musique. Il m'a envoyé une petite ritournelle, toute simple, et j'ai essayé de faire un texte en prenant un angle différent de celui pour la chanson de L'amoureux en lambeaux. (La chanson "Ballade pour un soleil noir", à écouter ici)
La chaleur écrasante, pas vraiment commode pour travailler. Je crois que je n'ai pas encore trouvé le lieu idéal, envoûtant et sécurisant à la fois pour travailler, écrire à un rythme satisfaisant. Paris est sans doute le lieu le moins pire qui soit à ma portée. Mais le climat me plait de moins en moins, trop étouffant, en été la chaleur est annihilante et les automnes sont maintenant très chauds à leur tour, leur charme frais ou tempétueux se réduit à la peau de chagrin de quelques semaines, ou au monde immense d'imperfections de souvenirs anciens. Et il faut supporter tous ces gens ébahis et excités dès que le soleil s'installe. Le climat idéal est celui que j'ai trouvé à Londres en janvier dernier, une douce tempête, des averses à tout rompre, des éclaircies fraîches et vivifiantes. Je me souviens aussi, seul et perdu dans une chambre d'hôtel, désemparé de solitude vers quatre heures du matin, ouvrant le poste de télévision sur une publicité pour EDF Energy à la bande son géniale, une reprise de la chanson de Kermit la grenouille dans Sesame Street :It's not easy being green. Impression merveilleuse que cette chanson dans l'atmosphère particulière d'une ville étrangère et d'un hôtel endormis.
Bon, il faudrait dire aussi : it's not easy having green eyes.
07.04.08. Elie Faure et Jean Cocteau - La preuve d'une réalité boiteuse - L'after-show - Etre moderne - Un certain temps pour toujours.
09.04.08La prédiction du Prince - Celle qui courait le + vite.
14.04.08Le Worma triangle - La variation subtile des êtres et des territoires - Les gens qui ont installé une terrasse à leur cœur - Soucis et fictions - Vladimir Nabokov - Eloge de la faiblesse.
05.05.08Coincé dans le travail - Les photos de mon père.
10.05.08Les plusieurs débuts de la revue Bordel - Control et Primrose hill - La peau douce - La fonction on de la mélancolie et le suspens qui l'emporte - Discordance.
12.05.08Un succès est toujours contagieux - La station Bonne nouvelle - Christophe Colomb - Livrés sans pudeur .
23.05.08Les pièces de puzzle - Etre c'est s'en sortir - Le surgissement et la chute - On passera moins de temps dans les cafés - Un projet de roman - J'embrasse toujours en avril.
04.06.08Le public du tennis est le même que celui de la chanson française.
07.06.08La solitude exécutée. Ne pas faire de sentiments avec le superflu.
09.06.08Paris en été - L'immédiat et l'éphémère - Faire des disques comme Cocteau du cinéma - Les moineaux du Rouquet - Les textes de chansons pour les autres. Un rapide parmi les rapides.