Pour qui allez-vous faire votre prochain choix ?
en librairies.
- Et le samedi 8 mai en dédicaces à La librairie L'amandier de Puteaux (92) à partir de 17h.
- Le samedi 29 et le dimanche 30 mai à la comédie du livre de Montpellier, sur le stand de la librairie Sauramps. Dimanche 20 juin Dédicaces à la librairie Banse à Fécamp (76) de 14h à 18h, pendant le festival Estivoiles.
Jérôme Attal. Journal intime. Mai Juin 2010.
- Mai. 6 mai 2010 L'alliance de la douceur et du vent - Simplicité périlleuse d'une œuvre - Pire que si je la trouvais belle.
- 7 mai 2010 C'est pour bientôt - 8 mai 2010 Entretien avec Aurélie Casse.
- 9 mai 2010 Le meilleur repas que j'ai fait en 2006 - Ecce homo - 10 mai 2010 Joe Raposo - La libraire inutile.
- 11 mai 2010 Les stances de la pluie parisienne. 12 mai 2010 La piscine de l'Arc - Peut-être cet ami - La bibliothèque d'un amoureux - Le territoire d'urgence - La raison donnée à Dieu. 16 mai 2010 Square du Vert-Galant - L'enfance et le petit disquaire d'Ath - Déborah François dans Les fourmis rouges - Optimiste par colère - La démarche de Nora pieds nus sur le bitume brûlant - Aveu de faiblesse. 18 mai 2010 Littérature de suicidés - On n'écrit pas des lettres comme ça. 23 mai 2010 Ce n'est qu'un spectacle de marionnettes - Ravissement des longs week-ends - Système d'arbitrage. 24 mai 2010 Sentence au sortir d'un rêve.
- 25 mai 2010 La recherche de la poésie - Retour sur les monstres - Le barnum de discordes.
- 26 mai 2010 Fantômes d'instants sur Montparnasse - Toujours une torture. Bataille de tartes au citron.
- 27 mai 2010 Happé par une cavalcade de nuits blanches - Le territoire et l'Atlantique.
- 29 mai 2010 La fille en robe brune au coktail et diner. 30 mai 2010 La fois où la couverture de Pagaille Monstre a fait chou blanc. La vie est un millefeuilles d'interruptions. 31 mai 2010 Encore une belle découverte.
- Juin. 1 juin 2010 Que faire de cette blessure ? - L'art désuet d'écrire, composer, et écouter des albums - Journée de la photo. 5 juin 2010 L'irréconciliable saison pour les filles et les garçons. 8 juin 2010 Une journée de bon travail - Il y a pourtant de quoi devenir des enragés. Pour Michael Cera. 9 juin 2010 Les aventures de la journée - Poème de boulevard. 10 juin 2010 L'émotion des ensembles. Barbara rocks. 13 juin 2010 Le fruit et le saule - Gainsbourg réduit aux anecdotes - Le deuxième enfant dans la maison. 14 juin 2010 Léger strabisme. 15 juin 2010 Téléréalité - Le parti-pris de l'information - Petit poème de nuit. 19 juin 2010 En d'infinis rewind. 21 juin 2010 Le soleil de Fecamp - Le rêve de cette nuit - Le chocolat dans ma boîte aux lettres - Ma fête de la musique 2010. 26 juin 2010 La montre jaune de style water-proof - Les onze samouraï - Hélène de Fougerolles - La mémoire d'un seul côté. 28 juin 2010. Nuit d'été à Paris. Vers Juillet 2010.
6 mai 2010.
- Une alliance du vent et de la douceur du soir tout à fait satisfaisante pour que je me laisse captiver par un trajet à pieds d'un bout à l'autre de Paris, à la tombée de la nuit.
- Le hasard a fait que je me retrouve dans ce lieu froid et inhospitalier qui hésite tragiquement entre la boîte de nuit et la salle de concert. Alexis me dit m'y avoir vu il y a quelques années, errer comme une âme en peine dans une soirée branchée (meurtri pour une idée de l'amour que j'avais peut-être). "Tiens, il n'aime pas les soirées branchées" avait alors pensé Alexis à mon sujet. Je n'aime pas non plus beaucoup les lieux de la nuit, je crois qu'il faut soit avoir une immense foi en son prochain, soit en avoir complètement rien à foutre, pour aimer passer son temps parmi la faune nocturne parisienne. Je ne suis pas assez déterminé dans l'un ou l'autre sens. Je sors de temps à autre, par politesse ou obligation, rarement par plaisir, et en reviens toujours avec une bonne pelleté de mélancolie jetée sur le coeur.
- J'ai revu avec A. The straight story, de David Lynch. Dans ce film extrèmement bon (dans tous les sens du terme) j'aime l'idée que Lynch ait convié au casting l'acteur Everett McGill qui jouait Ed Hurley dans Twin peaks, un des personnages qui se situe dans le camp des bons. Ce genre de petit clin d'oeil donne du corps à une oeuvre, dépasse le genre dans lequel l'artiste opère pour le rapprocher d'une performance moins événementielle qui serait son oeuvre.
- Bien sûr, dans une œuvre si maîtrisée, au bout d'un moment, chaque nouveau pas est périlleux, et je continue à ne pas comprendre Inland Empire.
- Dans le métro. Je ne pouvais détacher mon regard d'une jeune femme. Pire que si je la trouvais belle, je revenais sans cesse à son visage tant je n'arrivais pas à trancher si je la trouvais jolie ou non. Ici mon hésitation me faisait souffrir plus qu'en d'autres cas la beauté fugitive d'une inconnue.
-
- 7 mai 2010
-
- C'est bientôt la fin du monde. Même les gens les plus doux ont quelque chose à promouvoir.
-
- 8 mai 2010
-
- Un entretien tout à fait formidable avec Aurélie Casse, réalisé à Odéon la semaine dernière avant mon départ pour Deauville. (à lire retranscrit en suivant ce lien)
-
- 9 mai 2010
-
- Hier, message de Anne qui me propose d'aller boire ce café qu'elle m'avait proposé de prendre déjà avec elle en 1998, selon sa mémoire, car en fait la proposition datait de décembre 2007(en 1998, elle avait dix-huit ans), une période où je me sentais très isolé (isolé parmi les autres) et avoir rencontré Anne rue d'Auteuil et qu'elle me dise ça : Il faudrait qu'on aille boire un café, tous les deux, après les vacances de noël, avait suffi à éclairer ma soirée d'une flamme persistante. Finalement, il aura fallu attendre mai 2010. Et nous avons bu du thé (qu'elle a rapporté de Genève où elle vit désormais et va se marier en juillet prochain).
- Je me souviens aussi d'un jour, un samedi midi de l'année 2006, où j'avais commencé à faire cuire un truc dans mon four pour le déjeuner, un petit soufflé chèvre-épinards de chez Picard pour être exact, et j'étais descendu dans le hall chercher mon courrier où j'avais croisé Anne, et nous étions bien resté pendant une heure à discuter dans ce hall, une heure qui m'avait semblé une poignée de secondes, nous étions dans l'emballement simple de nous parler, enfin de mon côté j'étais dans l'emballement simple de lui parler alors que j'étais resté des années silencieux ou quasiment en la croisant dans la rue, le hall, le quai du métro, détrôné de l'intérieur par sa beauté, et là nous nous parlions pour la première fois avec une complicité immense et naturelle, bâtie sur les occasions manquées, et je me souviens que quand je suis remonté dans mon petit studio et que j'ai ouvert la porte du four, le petit truc chèvre épinard de chez Picard surgelés était complètement carbonisé.
- Sans hésitation, cela dû être le meilleur repas que j'ai fait en 2006.
-
- Sortie du titre : La remontrance, un de mes textes qu'Alain Lanty a mis en musique et que chante Chimène Badi sur son dernier album. Dans une autre chanson de l'album, un auteur a repris la formule "Ce qui ne tue pas nous rend plus fort". Ce qui vaut ce commentaire épique sur le site de Esprit jeune : "Sur la voix de Chimène, on retrouve les mots de Grand corps malade, de Nietzsche ou encore de Jérôme Attal". Hum !
-
- 10 mai 2010
-
- La dernière publicité Citroën a le bon goût de reprendre la chanson Somebody come and play, écrite par Joe Raposo pour Sesame street. J'ai toujours adoré la finesse du travail des chansons de Joe Raposo. Malheureusement les français n'ont jamais su faire ça, dans le registre des chansons pour enfants. Des titres comme Little things ou It's not easy being green dépassent en beauté le genre pour lequel ils ont été créés. C'est un art de la chanson absolument merveilleux, qui s'adresse non pas seulement aux enfants mais à l'enfance irréductible que l'on transporte avec nous, au gré de nos bonheurs, de nos tristesses, de nos indignations.
- Il faut voir et écouter Tony Bennett chanter Little things, Ray Charles reprendre It's not easy being green, ou bien voir Big Bird se pointer lors de la cérémonie d'adieux pour Jim Henson et chanter cette chanson.
-
- Regardé La grande librairie, le genre d'émissions bien obstruées du casting où je ne risque jamais d'apparaître de mon vivant. Il y a une séquence dans une librairie dans laquelle la libraire présente son coup de coeur. Cette semaine il s'agissait d'une toute nouvelle librairie parisienne et le coup de cœur de la libraire était : Maupassant, Boule de Suif.
- Les bras m'en sont tombés devant mon écran. Il y aurait tant de jeunes écrivains, ou soyons larges, d'écrivains contemporains à soutenir, à qui donner un coup de pouce. Dans la masse épuisante des livres qui sortent chaque trimestre il y avait bien quand même un livre d'un auteur vivant que la fille aurait pu avoir envie de soutenir. Hé bien non, elle a choisi Maupassant. Et pas la nouvelle la plus crépusculaire, inédite, ou à découvrir absolument. Mais Boule de suif, comme si toutes les personnes qui suivent La grande librairie avaient sauté leur classe de troisième et étaient passés à côté. Bon, peut-être, après tout. Mais moi qui ai redoublé ma seconde, j'ai trouvé cette séquence affligeante et cette libraire inutile.
-
- 11 mai 2010
-
- Hey, te souviens-tu des stances
- De la pluie parisienne,
- Qui brouillait les distances
- Qui rythmait nos semaines,
-
- Te souviens-tu des rêves chacun de son côté
- Et de la douceur brève de se manquer de peu,
-
- Te souviens-tu tes stances de la pluie parisienne
- Qui brouillait les distances, qui rythmait nos semaines.
-
- 12 mai 2010
-
- Emma boit une piscine dans les salons de l'Arc
- La boîte près du Triomphe. Dehors l'averse gronde.
- Jean-Charles lit ma nouvelle tandis qu'une fille arque
- Ses sourcils. Dieu qu'elle est belle et, pourquoi pas : blonde.
-
- Un verre de Chardonnay (bu chez un ami avant de partir) accompagné de chips importés du Royaume-Uni, comme c'était peut-être aussi le cas de deux trois cd qui se trouvaient sur une étagère, dans son petit studio. Puis me voici plongé dans cette fête où les filles ont des robes choisies et un verre de champagne à la main. Elles ressemblent à des flamands roses qui auraient décidé de faire une pause dans leur visite des monuments de Paris pour se désaltérer. Parmi ces filles, il y a en a une à la ligne fine et majestueuse l'air de rien, comme le sont les vraies majestés. Elle porte des cheveux blonds attachés qui laissent voir sa nuque et son cou aussi beau que dans les portraits d'Amedeo Modigliani (je pense à celui de Lunia Czechowska, o la la). Je discute avec trois garçons d'une finesse de coeur et d'esprit exceptionnelle (ce qui est surprenant pour des garçons et rare pour une fête). J'entends par finesse d'esprit la capacité de pouvoir distinguer des flamands roses qui cherchent à se sustenter de jeunes femmes qui cherchent à picoler, sans vouloir à tout prix capturer les uns ou les autres, puis passer à autre chose. Tous séparément viennent me dire qu'ils ont repéré cette jeune femme à la beauté simple et majestueuse. Je ne leur parle pas d'Amedeo Modigliani tant les émotions picturales sont difficiles à retranscrire, la nuit, dans des clubs dont les murs sont tendus de portraits flashy et prétentieux de starlettes décaties. Pendant que j'écris ce petit texte dans une rame de métro (et que je retranscrirai tout à l'heure pour mon Journal, après une promenade dans Paris par ce temps venteux et sec que j'adore) j'entends des mots doux en rafale qui semblent m'être adressés.
- Je lève la tête, et en face de moi, sur un strapontin (ai-je précisé que je m'assois toujours sur les strapontins, je n'ai jamais compris les gens qui peuvent faire le trajet debout et qui vont pourtant directement s'asseoir sur les banquettes comme si tout leur était permis), se trouve une jeune femme équivalente en beauté à celle d'hier soir. Aussi ressemblante que peuvent l'être deux flamands roses sur les photos de ces beaux livres que l'on gagne à l'école publique André Marceau, à la Garenne-Colombes, dans les années 70 si on a reçu à la distribution des prix celui d'excellence, d'anglais, ou de camaraderie. Je comprends vite que les mots doux qu'elle déblatère à la vitesse d'un film de la nouvelle vague ne me sont pas adressés directement. Elle parle au téléphone. Avec un ami qu'elle a l'air d'avoir rencontré la veille au soir. Peut-être cet ami qui importe des chips et des cd du Royaume-Uni pour réussir des apéritifs parfaits. Si réponse à tout cela il y a, elle ne me sera pas donnée, donc, avant sept heures du soir.
-
- Zoé (F) me dit :
- - Je ne voudrais pas d'un amoureux qui ait une bibliothèque remplie de mauvais livres. La bibliothèque de quelqu'un, c'est comme un instantané de sa mémoire à l'extérieur de lui. Quand tu regardes la bibliothèque de quelqu'un, tu cherches les souvenirs que vous avez en commun.
- - Et des gens qui n'ont pas de livres ? je demande à Zoé. Que fais-tu des gens qui n'ont pas de livres chez eux ?
- - Je ne les connais pas !" me répond-t-elle, catégorique.
-
- Pour le travail il faut toujours concilier un terrain d'entente, un territoire d'urgence, entre sa volonté irrésistible d'écrire, sur le moment, et le temps disponible pour ça.
-
- Un jean et des tennis
- Un t-shirt marin
- Une veste qui tombe bien droite
- Et de longs cheveux noirs.
- De quoi faire des mèches en cas de désir de feu,
- De quoi faire des lianes en cas de désir de fuite.
- Elle attendait sur le quai du métro Mabillon
- Vers cinq heures du soir, et trente quatre minutes.
- Et si Dieu apparaissait soudain, s'il fendait le ciel et l'abri des métros,
- Et se plantait devant moi pour me demander pourquoi je prends toujours la ligne
- A Mabillon plutôt qu'à Odéon,
- C'est elle que je donnerais pour raison.
-
- 16 mai 2010
-
- Réception square du Vert-Galant après que Jean-Charles ait eu la savoureuse idée de placer un sabre de Jedi dans la main d'Henri IV sur la statue du Pont Neuf. On a beau vouloir dire ce qu'on veut sur la France, c'est quand même un pays ou des idées iconoclastes et poétiques peuvent être soutenues, précédées d'un discours de ministre. Depuis que Frédéric Mitterrand est en poste, d'ailleurs, les discours deviennent de vrais morceaux de bravoure littéraire. Tout aussi lyrique que du Malraux, et plus subtile encore. Je ne me lasse jamais de visionner les deux séries de documentaire de Frédéric Mitterrand : Les aigles foudroyés, et Mémoires d'exil, ou quand la littérature, alliée à, et plus forte que l'archive, reconstitue la sensation de l'Histoire.
-
- Voyage en Belgique. La ville d'Ath a peu changé depuis mon enfance mais les changements sur l'enfance, mêmes minimes, nous apparaissent toujours brutaux. Ainsi sur la grande place a disparu le marchand de cigares chez qui j'accompagnais mes parents qui y achetaient toujours des cadeaux pour leurs collègues de travail. Je me souviens de l'odeur enveloppante et capiteuse du lieu, et des belles boites en fer ou en bois, agencées et présentées religieusement. A disparu aussi il me semble le magasin de bandes dessinés, profond et bien achalandé, où je trouvais les albums du lieutenant Blueberry dont j'adorais le charisme et la narration.
- ll existe encore un petit disquaire sur lequel je suis tombé en me promenant seul, samedi après-midi, au gré des rues pavées de la vieille ville, j'y ai acheté un sac Beatles All you need is love très pop et extra pour A.
- J'ai aussi pris quelques photos de la ville (avec mon téléphone), dont celle ci-dessous. Un jour le disquaire disparaîtra c'est certain, comme le marchand de cigares. Mais ça m'a fait plaisir de tomber sur ce petit disquaire, il est un peu comme mon enfance.
-
-

-
- Il y a l'inexorable et beau spectacle des éoliennes sur la route qui mène en Belgique. C'est aussi un décor du film Les fourmis rouges de Stephan Carpiaux, avec Déborah François, que j'ai vu dans la soirée. J'avais lu plusieurs critiques dégueulasses sur le film et j'étais donc dans une joie double de beaucoup l'apprécier tant il est agréable de trouver de la beauté pour soi là où de soi-disant spécialistes la boudent. Il y avait même des moments de pure poésie, les scènes entre Arthur Jugnot, sobre et épatant, et Déborah François que j'ai adoré. Elle m'a fait un peu penser à Annabel. Ce sont des filles qu'on a envie de protéger, de leur donner toute la lumière possible, concevable et inconcevable, en espérant que la lumière ne les abîme pas.
-
- Parfois je reste optimiste sur les gens, optimiste par colère. Quand je lis sur mon travail (j'allais dire sur moi tant personne ne fait de distinction) des choses à côté de la plaque ou vraiment dégueulasses car rabaissantes ou méprisantes, j'ai l'intuition de réagir avec une colère optimiste, le désir d'aller trouver mon contempteur et lui dire : "C'est pas possible de penser ça, on ne peut pas être aussi crétin ?". Bon, malheureusement, la plupart du temps je tombe sur le fait et l'homme accomplis. Si, on peut.
-
- Love death, film de Ryûhei Kijamura que je souhaitais voir depuis longtemps. De sympathiques idées comme les tortures pour cinéphiles. Au final, moins malin et divertissant qu'un Bons baisers de Hong-Kong de Stephen Chow, mais de jolies scènes et la beauté magistrale de son actrice principale : Nora. Sa démarche et ses pieds nus quand elle foule le bitume brûlant au retour de la plage.
-
- Je vois bien les manoeuvres des gens. Ce qu'il y a derrière leurs actes. Ce qui s'agite derrière leurs paroles. Je suis rarement dupe, pourtant je reste faible car je n'ose jamais mettre le doigt sur les ressorts. Je n'ai pas le tempérament d'un avocat général qui confronte telle personne avec ses motivations secrètes. Trop de pudeur la plupart du temps, et cela m'effraie pour moi-même et le monde de mettre les autres face à ce que je leur reproche de plus dur.
- Cela me semble une vérité trop grande à supporter pour l'autre, trop grande de trivialité, et de toute manière inutile si elle ne l'abat pas déjà. Alors, souvent, chemin je passe.
-
- 18 mai 2010
-
- Au salon du livre de Deauville, une lectrice est venu me dire gentiment que l'année dernière mon roman Le garçon qui dessinait des soleils noir a failli être sélectionné pou une course au prix. Elle m'assure qu'elle l'avait beaucoup apprécié mais n'avait pu le défendre face à des membres du Jury plutôt vieillots de leurs personnes et considérant surtout le suicide de mon héros comme rédhibitoire. Ce que je comprends. En cas où l'on a tendance à associer de près un auteur et son oeuvre, il est évidemment assez risqué de prévoir de remettre un prix à un suicidé !
- Honnêtement, je ne sais pas si c'était une bonne fin, tout compte fait, pour Basile. J'aurais peut-être dû lui permettre de refaire un disque, c'eût été une forme de suicide plus subtile.
- Mais il est vrai que mon histoire s'inscrivait aussi dans une littérature de suicidés et dressait une passerelle entre deux êtres certainement antinomiques mais qui pourtant partagent le même sort tragique : Alain Leroy du Feu follet de Drieu, et Seymour Glass d'Un jour rêvé pour le poisson banane de J.D. Salinger. Et puis j'ai aimé la construction de mon livre, que l'on assiste au suicide de Basile, et qu'ensuite on le retrouve dans le même livre dans une période plus heureuse de sa vie, dans une nouvelle qui parle de son enfance. Et mon éditeur m'a permis de faire ça, alors que ça aurait sans doute paru saugrenu ou inutile à d'autres qui n'auraient pas compris qu'un roman s'accompagne de deux nouvelles. Là, j'ai eu toute la liberté de faire le livre que je souhaitais. Stéphane, puisque c'est de lui aussi qu'il s'agit maintenant, m'envoie un mail à la mi-journée pour me relayer une annonce d'un site qui propose des appartements à la location, dans le quartier de Paris où je souhaiterais revenir habiter, vers le Luxembourg où les loyers sont juste épouvantables. Stéphane est au courant de mes problèmes de voisinage à Auteuil où malgré une fenêtre qui s'ouvre sur une cour avec jardin, je dois travailler dans des conditions dégueulasses, le calme en ville étant peut-être une utopie chère à payer. Stéphane me parle d'un appartement qui semble idéal, deuxième étage, deux pièces, 45 mètres carrés, vue sur une cour arborée, calme, environ 1100 euros par mois, dans le quartier du Luxembourg. Reste l'éternel problème de l'impossibilité à fournir un justificatif selon lequel je gagne trois fois plus que le loyer demandé. Or comme l'annonce stipule que si l'offre nous intéresse on peut écrire directement au propriétaire, Stéphane me motive gentiment à faire une belle lettre, à lui parler de mon "oeuvre", les romans, les chansons, Stéphane me dit avec un optimisme valeureux : Peut-être même qu'il te lit, peut-être qu'il sera heureux de t'avoir pour locataire. Tout cela m'a rendu de bonne humeur, non pas l'irréalité de la situation mais la peine qu'avait pris Stéphane à dénicher cette annonce et à me l'envoyer alors que nous n'avions pas il me semble évoqué mes problèmes de logement depuis longtemps. Donc, j'ai commencé à écrire cette lettre, ne sachant pas trop comment la tourner, finissant par dire que j'étais écrivain, que j'avais fait cinq livres, que je travaillais au prochain, parmi d'autres travaux d'envergure (si je puis dire), que j'écrivais des chansons aussi, et que je rêvais de revenir dans le quartier mais, en tant qu'auteur, n'avait pas de garanties aussi solides, des revenus délicieux qui tombent à point nommé chaque mois, que si je travaillais dans un autre secteur, toutefois qu'en quinze ans de présence dans mon petit studio d'Auteuil le loyer avait toujours été réglé et bla bla bla et bla bla bla, bref je passe une partie de l'après-midi à écrire cette fameuse lettre, et quand je me reconnecte sur le site pour l'envoyer, l'annonce a disparu !
-
- 23 mai 2010
-
- Tombé sur cette phrase de Jim Henson, le créateur des Muppets : "When I was young my ambition was to be one of the people who made a difference in this world. My hope still is to leave the world a little bit better for my having been here."
- Visionné le film de Spike Jones : Max et les maximonstres qui étrangement m'a laissé froid. Un ratage.
- Sensation de désagréable pour un film qui sur le papier avait tout pour me plaire. En même temps, il est difficile de produire de l'émotion ou de l'attachement pour un récit (même pénible) quand les héros sont dès le départ antipathiques.
- Le bonheur avec les jours fériés et les longs week-ends de mai c'est que la plupart des résidents de mon immeuble se barrent loin de Paris et que je peux enfin me concentrer avec acharnement sur le travail. Cependant ralenti par l'angoisse que me procure mon état physique : douleurs d'estomac, sensations d'étouffement, fatigue. Et l'inconvénient de ces longs week-ends et que je ne vais pas pouvoir caler un rendez-vous chez le médecin rapidement ou alors seulement au retour de courts voyages prévus au Cap-Ferret et à Montpellier. J'avance bien sur la suite de Pagaille monstre. L'écriture devient parfois comme une partie de Tennis, on peut y entrer de manière angoissée, compliquée, à froid, et puis quand le plaisir de jouer revient, très vite on s'améliore, on produit des phrases qui selon notre système d'arbitrage peuvent s'avérer de véritables coups gagnants.
- Et d'une partie à un tournoi quand chaque jour il faut recommencer, revenir sur le terrain, avancer dans le programme et récupérer sa motivation et son titre.
-
- 24 mai 2010
-
- A nos yeux les gens changent moins quand on les rêve que quand on les estime.
-
- 25 mai 2010
-
- Si le monde est vaste ce n'est jamais par grandeur d'âme.
-
- Travaillé toute la journée au second volet de Pagaille, malgré la chaleur accablante. J'essaye qu'il se passe quelque chose d'intéressant en terme de poésie, à chaque phrase. Ou bien une phrase qui ne contient pas en elle-même un moment poétique doit, associée à d'autres, conduire vers ce moment. L'inutile à mes yeux coupe mon élan.
-
- Je fais cela rarement car ce Journal diffère d'un blog dans le sens où il ne porte pas à commentaire (apparent) - à propos j'aime beaucoup la pensée de Jean Baudrillard comme quoi Nous ne supportons les idées et les événements que blanchis par le commentaire - mais la lettre que j'ai reçue d'une lectrice, Sophie, réhabilite un film que j'ai peut-être jugé hâtivement.
- Ce commentaire fort juste m'apprend aussi que je suis dans la catégorie des êtres sans enfants qui aiment les films pour enfants. Pire qu'un enfant, comme je l'écris à un autre sujet dans Pagaille monstre. Et puis c'est vrai que j'ai été un enfant unique et ultra sage, qui n'avait d'ailleurs pas à se battre, souffrir ou faire souffrir, pour trouver une place. Il n'y avait que l'infini à quereller, si j'ose dire.
- Ce n'est d'ailleurs pas pour ces égocentriques raisons que j'ai dû rester hermétique à Max et les maximonstres et qu'il m'a déplu, bien au-delà de telles raisons, mais la lecture de la lettre de Sophie me fait aujourd'hui l'aimer mieux à rebours. La voici (avec sa permission) :
- Il me vient l'envie de défendre ce film. Adapté d'un l'un des plus
important livre de littérature enfantine (vous le savez sans doute),
livre que je lis quasi chaque jour à des enfants de 2/3 ans... Il en
est un prolongement qui permet à des enfants plus grands, qui ne
s'autorisent plus à laisser sortir aussi librement leur colère de se
dire : mais oui même si j'ai 8/10 ans je peux encore avoir envie de
mordre, de crier, de faire n'importe quoi car je SUIS UN ENFANT !!!
Je
suis allée voir ce film avec ma fille qui avait presque 7 ans et
c'était fascinant de voir à quel point elle comprenait ce petit garçon
dont personne n'écoutait la détresse, poussé aux pires bêtises pour se
faire remarquer ! (euh d'ailleurs je me suis dit après qu'il me fallait
être encore plus attentive à ma fille vu son degré d'identification).
Au délà de l'esthétique du film qui est magnifique, le point de vue de
Spike Jonze renforce celui de l'écrivain. Max doit renoncer à être
monstre pour pouvoir vivre en société, c'est à dire qu'il doit accepter
de grandir mais sans s'oublier. IL commande quand il est monstre (et
c'est dur d'être le père des Maximonstres), il en sort grandi ; il ne
commande plus en rentrant chez lui, mais il veille sur sa mère (comme
le font tous les enfants mais les adultes ne s'en rendent pas tjs
compte). D'ailleurs la mère, sécurisée par sa présence s'endort à table
! Jonze fait ressortir toute la beauté de la relation parent/enfant :
on grandit ensemble et pour cela moi je dis : chapeau !!! Je vous
souhaite une belle semaine et espère avoir quelque peu réhabilité ce
film, juste un peu...
-
- J'arrive petit à petit à une douzaine de chansons dont j'aimerais qu'elles puissent figurer et paraître sur (l'idée d')un prochain disque. Cinq ans après Comme elle se donne. Depuis maintenant six mois que Constance a rejoint le groupe en tant que guitariste j'envisage aussi la possibilité de refaire des concerts de manière plus enthousiaste et fréquente.
- Une amertume concernant les êtres et la façon dont les choses se passent dans la vie d'un disque continue cependant à freiner mes ardeurs. Il n'en reste pas moins crétin de continuer à faire des chansons sans avoir l'ambition de les faire vivre. Alors, dans les semaines qui viennent je vais me frotter de nouveau aux démarches pour essayer de présenter un nouveau disque même s'il faut retrouver un barnum de discordes, d'individus, et d'insatisfactions en tous genres.
- Il m'arrive parfois d'être triste d'être mésestimé dans ce métier, mais ça ne dure pas très longtemps, tant que j'arrive à créer des choses qui me transportent, je travaille, j'hurle de bonheur même en sourdine.
-
- 26 mai 2010.
-
- La Gare Montparnasse m'évoque toujours la seconde moitié des années 90, quand j'allais chercher Marine qui rentrait d'un séjour à Saint-Malo, et qu'humer ses cheveux, promener mes lèvres contre sa peau, dîner avec elle en bordure de la gare, me faisaient mes vacances.
-
- J'ai peu de goût pour les voyages, même de courte durée c'est un arrachement, et puis savoir quoi emporter, aussi bien en vêtements qu'en livres, est toujours une torture.
- Une torture, c'est-à-dire : une perte de temps.
-
- Au top de la bataille des tartes au citron - dont la meringue porte l'élégance des rocs qui se drapent en nuages pour aller au palais - celle du salon du livre de Deauville l'emporte d'une courte tête sur celle du restaurant L'escale, au Cap Ferret en bordure du bassin d'Arcachon.
-
- 27 mai 2010.
-
- Dans la cavalcade des nuits blanches, de minuit à cinq heures du matin, Blastar, Thomas (Marfisi), Inna (Modja) et moi, avons crée une chanson envoûtante et terrible, approchant ensemble de ce que nous aimons chacun de notre côté, et atteignant un moment de grâce dans la création qui suffit à me redonner foi en mon goût pour créer des chansons, pour bâtir un répertoire encore plus intense qu'une somme de beaux moments.
-
- Après des descentes et des montées en vélos, nous avons parcouru un trajet pas possible à travers les dunes pour aller voir l'Atlantique, et une fois face à cette beauté sans réserve de l'Atlantique, puissant et insensible aux carcasses de bunkers recouvertes de tags, l'océan dévorant la surface, il n'y avait plus aucune limite, plus qu'à regarder, éteindre toute résistance au départ, trouver et absorber en soi le spectacle magnifique.
- Mais, au fond, dans les grandes villes, à Paris, je suis encore plus bouleversé par l'océan que je vois je soupçonne dans la lame tranchante d'une silhouette qui m'est jusqu'ici inconnue et dont la révélation soudaine me déborde, me renverse, me creuse et m'envahit, repousse en moi, pareil à l'Atlantique, le territoire.
-
- Tu sais je ne voudrais pas qu'aimer quelqu'un se soit lui donner des frontières. Et pourtant.
-
- 29 mai 2010
-
- Dans les salons du Corum, à la comédie du livre, à Montpellier.
-
- Une fille en robe marron,
- D'une grâce effroyable.
- Croisée pendant le cocktail,
- Perdue pendant le dîner.
- Pourquoi faut-il toujours se mettre à table ?
-
- 30 mai 2010
-
- Pendant que je suis installé à mon stand de dédicaces, un petit vieux happé par la couverture de Pagaille monstre se rapproche. Une fois à destination, il se penche à quelques centimètres du livre, scrute la couverture dans ses moindres détails, puis me dit, en guise d'excuse ou de regret, avant de partir :
- - C'est trop érotique pour moi, je ne bande plus !"
-
- Dans le train qui me ramène à Paris, j'écoute en boucle Simple twist of fate de Dylan et Gran Torino de Jamie Cullum (
- c'est dire le seuil de mélancolie atteint), puis je tente de lire une aventure de Sherlock Holmes et discute un brin avec Michel Chaillou dont le livre : Domestique chez Montaigne vient d'être réédité dans la collection L'imaginaire de Gallimard, où l'on trouve également Bataille, Michaux, Fitzgerald, Marguerite (Duras)...
- Séjour très plaisant à Montpellier en compagnie de Rebbeca (Wengrow), Nicolas Vidal et Julie sa fiancée, Benjamin Conte et ses copains, dans la proximité enchanteresse de Françoise Renaud et Marie Rouanet. Accueil et encadrement épatants de la librairie Sauramps. J'ai quitté les intensités de la semaine au Cap Ferret pour les intensités du week-end à Montpellier, comme si je vivais des événements très forts, tous menacés par l'interruption, comme un enfant qui enchaînerait les goûters d'anniversaires et que le temps expulserait d'un événement vers un autre, chacun comportant son réseau de visages, de paroles, d'énoncés, expulsé au moment où il souffle les bougies. En cet instant de brouillard lumineux.
- A la fin des goûters d'anniversaires, quand j'étais enfant, on emportait toujours avec soi un petit sac rempli de bonbons, de cadeaux de fortune, à ras bord. Adulte, on emporte son sac de souvenirs et de choses qu'on n'a pas dites ou pas faites, les uns se mêlant aux autres. Puis le sac de bonbons se transforme en sac à poisson rouge, un de ceux qu'on nous donnait au marché contre deux pièces de dix francs, et le poisson rouge fait quelques tours dans notre mémoire vive jusqu'à disparition du bocal, du poisson, jusqu'à ce que l'eau vive de la mémoire doive être changée et vidée.
- Au fur et à mesure des tours le cuisant l'intolérable la franchise la beauté du souvenir s'estompent, le poisson aux tours comptés de quelques jours, les yeux écarquillés, gobe son propre souvenir en le dénuant d'impératif. Tout cela est prêt maintenant à être recouvert par l'écume de la mélancolie.
- C'est difficile parce qu'il n'y a pas de juste mesure. On voudrait s'esquiver à temps pour ne pas que les événements ou les gens nous déçoivent ou nous lassent, et pourtant on en voudrait toujours un peu plus. Mais la décision est si peu de notre fait. Au final, on vit davantage avec des interruptions qu'avec des contradictions.
-
- 31 mai 2010.
-
- Lorsqu'on me parle de belle découverte, j'ai toujours peur que quelqu'un se soit enrhumé.
-
- 1 juin 2010
-
- Les bras longs et nus dans sa robe brune, cheveux tenus en une sorte de chignon et mèches qui tombaient sur son front, à la fin du repas elle dessinait sur une feuille les personnes assises à sa table, quelques croquis pris sur le vif au repas de gala de la comédie du livre. Le lendemain j'ai fait le tour des stands sans l'apercevoir.
- Que faire de cette blessure ? Peut-être un film avec Franck.
-
- J'écoute le nouveau disque de The divine Comedy. En ces temps où les albums sont proposés à la tronçonneuse sur les sites marchands, où le goût est versatile et la nouveauté toujours prolixe et épuisante, je retrouve chez Neil Hannon le sentiment de pouvoir m'attacher à un album comme une maison à plusieurs pièces dans laquelle on va vivre un temps. Si souvent j'ai l'impression que les chanteurs ont perdu le goût d'écrire et de composer des albums, j'ai aussi la sensation qu'il y a moins de temps et d'usage aujourd'hui pour les écouter, s'y attacher en tant que tout, retenir d'abord une ou plusieurs chansons, puis faire défiler l'album en comprenant et aimant ses moments de faiblesse apparente comme des passages obligés, je veux dire des couloirs, à ce tout. J'étais content avec Bang goes to the Knighthood, de retrouver un album tel que j'aimerais en écouter ou en faire (qui sait ?), et comme j'ai l'impression qu'il est sorti dans une espèce d'indifférence je suis allé faire le tour des sites pour lire les critiques. Aucune ne m'a véritablement convaincue, la plupart m'ont mis en colère. A l'heure tiède, ou facilement méprisante, ou bavarde de références, des commentateurs d'aujourd'hui, on voudrait toujours un enthousiasme débordant et indiscutable envers les personnes qui valent vraiment le coup. Ici j'aurais aimé juste qu'on dise que Neil Hannon est peut-être l'un des derniers à faire des albums comme il faudrait sans doute faire des films ou écrire des romans.
-
- Séance photos pour la marque The house of skins. J'aurais bien embarqué un petit blouson avec capuche que j'ai essayé et qui me donnait la sensation que peut avoir Nicolas Cage dans Wild at heart avec sa peau de serpent. Déjeuner avec Dodo dans le charmant restaurant Le salon, au-dessus du cinéma du Panthéon, rue Victor Cousin. Nous parlons de photographie dont Dodo est un fervent amateur, pratiquant, et collectionneur. Des noms d'oiseaux comme Erwitt, Bailey. Doisneau comme on parlerait d'un moineau. Les bons photographes sont ceux je crois qui ont des noms d'oiseaux. A la fin du déjeuner, j'admire l'aisance qu'à D. avec la gent féminine. De ces hommes qui se permettent de viser juste avec une douceur imparable. Dont les audaces passent comme des messages qui seraient attendus depuis toujours.
-
- 5 juin 2010.
-
- Avec l'été, le bonheur de voir les filles en tenue de plage, déambuler dans les rues de Paris. C'est plus critique avec les garçons. Ils ne ressemblent à pas grand chose l'été, avec leurs t-shirts, leurs polos ou leurs chemisettes aux couleurs souvent drôlissimes. Les hommes peuvent s'habiller de manière beaucoup plus élégante en automne et l'hiver. Alors en terme de prestance, d'allure, ce sont deux saisons irréconciliables puisqu'il faudrait que ce soit, dans une même rue de Paris, l'été pour les filles et l'hiver pour les garçons.
- En même temps, si on oublie ces considérations strictement vestimentaires, j'ai traversé plusieurs saisons où j'étais à l'hiver dans mon coeur alors que pour certaines filles c'était le bel et plein été.
-
- 8 juin 2010
-
- Hier journée de bon travail, alliant plaisir d'écrire et directions trouvées en écrivant. Il faudrait une succession de quinze jours dans cette situation, sans interruptions. Ce qui n'est jamais vraiment possible.
-
- Aux guichets du secrétariat de l'hôpital de St-Germain-en-laye, où il faut attendre pendant des plombes avant et après une consultation, sont placardés par précaution des articles rappelant que les injures sont passibles de sanctions pénales.
-
- De Juno à Superbad, en passant par Nick and Norah's infinite playlist, l'acteur Michael Cera incarne le parfait adolescent fitzgeraldien dont l'acuité ahurie et la carrure poétique ajoutent aux films qu'il tourne un supplément d'introspection et de mélancolie. Une dimension aussi rare dans le cinéma actuel que celle induite par la 3D va devenir omni assomante dans les années à venir.
- La présence de Michael Cera au générique de teen movies classiques ou déjantés promet à qui s'y attache une sorte de troisième dimension en dedans.
-
- 9 juin 2010 A Suresnes, passé voir Michael Miro qui enregistre son premier album. Sympathique déjeuner avec Volo, Eric (Starczan) et Michael pendant lequel nous avons refait le monde (de la musique). Puis en studio me suis rendu compte de la puissance et de la pertinence vocales de Michaël. En fin d'après-midi, je suis allé chez Album rue Dante pour me procurer en import la saison 7 de Curb your enthusiasm (admirable, évidemment) et ai remonté le boulevard Saint-Michel sous une pluie battante jusqu'au Dalloyau face aux jardins du Luxembourg où Sylvie Bourgeois organisait un petit drink au cours duquel Florence Darel a lu avec une ingénuité parfaite la formidable nouvelle de Sylvie parue dans Le grand bordel de Cannes. Pendant qu'une lourde pluie d'été étouffait le quartier, un chroniqueur belge du quotidien Le soir, qui était venu en douce admirer Sylvie, m'a parlé des mémoires de la maîtresse du Duc Ferdinand d'Orléans, et de sa présence sulfureuse le jour de l'accident de ce dernier, le 13 juillet 1842, quand il tomba de calèche et se fracassa le crâne sur le pavé du quartier des Ternes.
- Rencontré Pascal (O) à l'improviste du quartier (dans ce quartier qui est mon terrain de jeu depuis plus de vingt ans, je préfère parler d'improvisation que de hasard, voire même d'inspiration) et nous avons fait un bout de chemin ensemble repoussant, pour se parler davantage, l'échéance d'une station de métro pour la suivante (mon sport préféré) ; nous avons parlé des êtres qui font, enchantent et compliquent, l'existence.
- Devant rentrer à Auteuil, j'ai manqué la lecture de Fanny (Salmeron) sans savoir au préalable que le lieu choisi était seulement à deux pas des Jardins du Luxembourg, derrière le Panthéon.
-
- Entre deux averses dans l'après-midi, au passage d'une fille, j'ai ouvert mon carnet pour y noter un petit poème de boulevard :
-
- Poème de boulevard.
-
- Coiffée comme Pocahontas
- Un imper blanc uni
- L'empêchait de boire la tasse
- Sous la pluie.
-
- 10 juin 2010
-
- A partir du moment où l'on prend conscience de son imperfection, il faudrait pouvoir sculpter sa vie, je veux dire si la vie s'apparentait à une sculpture, même inachevée à partir du point où l'on se rend compte lucidement de son imperfection, il faudrait pouvoir y revenir, reprendre certains détails, les reprendre plutôt que les faire disparaître, car les disparitions sculptent autant que les moments de plénitude, et travailler sans cesse l'émotion des ensembles.
- La littérature, au-delà de toutes les autres possibilités, peut donner l'illusion de ce travail mais ne devrait jamais s'en satisfaire ou s'y limiter.
-
- Je comptais occuper la soirée à poursuivre la suite de Pagaille monstre (je dois rendre le manuscrit dans les prochaines semaines, la date de sortie est prévue pour le 12 octobre), et je me suis laissé prendre par le programme de documentaires musicaux que proposait France 5 : un docu sur l'album Exile on main street des Stones et leur incursion / excursion sur la Côte d'Azur, et un hommage à Barbara. J'espérais être surpris par le documentaire sur les Stones (moi qui d'ordinaire reste sans capacité de ravissement pour leur univers ou leur musique, comparé et à l'inverse des Beatles). Après quelques minutes, passé le folklore, mon attention s'est rapidement dissipée (voir ça, peut-être, comme un hommage). Après, je sais que ça n'a pas grand chose à voir, mais je ne peux m'empêcher de penser qu'une minute d'images sur Barbara est plus sensationnelle en terme d'émotions qu'une heure de rolling stoneries.
-
- 13.06.10 Vitesse grand V du temps qui passe comparée à l'adolescence où je pouvais trouver semaine après semaine une complaisance de la vie pour le ralenti.
- Fruit béant du temps qui passe, saule pleureur de l'adolescence.
- Un mois de travail acharné pour rendre la version que j'espère définitive de mon prochain roman. Partagé comme cela : Quinze jours pour boucler les différentes intrigues et directions, quinze jours pour reprendre le tout et faire de chaque phrase quelque chose de palpitant (au sens du cœur qui bat).
- Ce week-end vu le Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar qui m'a beaucoup déçu. Je crois que c'est un film qui ne peut satisfaire ni les amateurs de Gainsbourg car il se contente de suivre une trame reliant des anecdotes qui avaient davantage de magie quand elles étaient énoncées, voire rabachées, par leur auteur au gré de ses multiples interviews, ni passionner les novices car le film est plutôt ennuyeux, dresse une personnalité en filigrane, écrasée par la cavalcade des événements, pressée par la chronologie, et manque bizarrement de magie, d'émotion, de consistance, alors que l'oeuvre de Sfar que j'adore en bande-dessinée en regorge absolument. Son Pascin par exemple, c'est vraiment quelque chose d'incroyable. Ici, dans le film, aucune réflexion à retenir sur la création du moins qui creuse ou qui s'élève de l'anecdote ou de ce qu'on sait déjà. Et les moments de bravoure dans l'interprétation et le mimétisme sont vite desservis par un dialogue particulièrement plat. Une déception. J'ai trouvé toute la partie sur l'enfance vraiment ratée (mais n'est pas François Truffaut qui veut), ai par contre jubilé pour la scène où Bardot au moment de la rupture finit par se mettre à table et partager le repas des parents Gainsbourg. C'est vraiment une belle idée, et dommage que le film manque pour moi de choses comme ça tout du long. Après, pour le titre avec l'entre parenthèses, bon, on pourra objecter que vivre, déjà, c'est héroïque.
- J'ai peu de passion pour le sport et la compétition - de là aussi ma façon de tomber amoureux, j'aime que lorsqu'une fille qui me plait apparaisse, hé bien il n'y ait plus matière à compétition, je veux dire elle me plait parce que les autres n'existent plus, à ce moment-là - pourtant entre deux chapitres fiévreux, projeté dans mon roman, je me surprends en guise de récréation à allumer la télévision et jeter un coup d'oeil de quelques minutes aux matchs de la coupe du monde de football. Réminiscence vibrante de mon enfance peut-être, quand, dans ma chambre, je jouais à inventer des histoires avec mes playmobils, mes légos, et que dans la pièce à côté mon père regardait le football à la télé, sautait de joie et hurlait de bonheur dans toute la maison au cas où l'équipe qu'il soutenait marquait un but. A ce moment, j'ouvrais la porte de ma chambre et le rejoignais dans le petit salon où il y avait la télé. Je regardais le but au ralenti mais qu'importe, le spectacle n'était pas pour moi le moment qui mène au but et son accomplissement, mais voir mon père heureux, comme un deuxième enfant dans la maison.
-
- 14 juin 2010
-
- J'aime quand le côté créature et le côté petite fille perdue se disputent le terrain dans le regard d'une femme.
- Une façon de dire qu'il peut y avoir beaucoup de profondeur dans un léger strabisme.
-
- 15 juin 2010
-
- Quand je regarde un peu l'émission d'M6 : L'amour est dans le pré, je me dis que la première phrase de Pagaille monstre est quand même assez juste et vraiment universelle. Le tour de force de la téléréalité est de faire du plus ou moins spectacle avec des gens qui n'ont rien à se dire. Non pas rien à nous dire, comme c'est souvent le cas à la télévision, mais rien à se dire, mettant le télespectateur dans une position de voyeur à qui on demande d'éprouver tout un tas de sentiments qu'on n'ira pas blamer et qui peuvent aller de la tendresse à la sympathie, en passant par la pitié, la moquerie, la préférence, ou bien la gêne pour l'un des protagonistes et la manière dont il peut être traité dans cette mise en scène imposée d'une rencontre amoureuse.
- En même temps il est assez courant que dans les débuts d'histoire on ait trop rien à se dire, les bouches souvent occupées par la fougue d'irrépressibles baisers, le silence peuplé de se tenir à deux contre le reste du monde. Et c'est en cela que cette émission est embarrassante. Dans des situations où l'attraction physique est vraiment le cadet des soucis du cadreur (si je puis dire), les amoureux sont plongés dans l'obligation du dialogue, c'est-à-dire, puisque la télé reprend rapidement ses droits, l'obligation de l'ennui.
- Il y a aussi que je ne peux pas regarder ce genre d'émissions trop longtemps parce que la manière dont les gens se traitent, même dans les petites choses de l'existence, me donne un cafard pas possible.
-
- Tellement de messages, d'événements, d'appels au secours, d'intolérable ou d'ahurissant, 24 heures sur 24, que l'information est devenue le parti-pris de l'information. Et que chaque événement suit une trajectoire oscillante dans la lumière et l'ombre, selon la concurrence et le temps aparti. Sauvagerie implacable de la concurrence, de la nouveauté et du temps aparti.
-
- Petit poème de nuit.
-
- Aux courants d'air de la mémoire se cramponnent les regrets.
- Tes yeux pixelliseront une dernière fois
- A la lisière de se revoir
- Pendant que derrière moi
- Claire parle d'une invasion de chauves-souris
- Dans les jardins botaniques de Sydney.
-
- 19 juin 2010
-
- Le spectacle de l'équipe de France qui se fait partout sauf sur le terrain. La détresse des habitants de Draguignan. La Belgique qui se fissure. La jolie rousse dans le métro qui porte un badge : "Je kiffe Villepin". Fabrice qui ne trouve pas de travail. Les chips d'algues au riz brun devant le film de Cukor (un film de cul ? corps ?) : Comment l'esprit vient aux femmes, superbe, vu hier soir. Mon roman qui est un patchwork des émotions qui me traversent au moment où je l'écris, de celles qui me constituent et ne dépendent pas d'une actualité, et du bestiaire merveilleux des êtres rencontrés ou retenus sur l"impitoyable machine à broyer des courants d'air de l'existence. La météo d'octobre pour un mois de juin. Les faiblesses des amis qui ne se pardonnent pas, jusqu'à ce qu'on les revoie et qu'on constate dans ce pardon autant de marques de tendresse que les symptômes d'un inévitable détachement. Le concert programmé au Bus Palladium la veille de mon anniversaire. La beauté de A. dans la marinière que je lui ai rapporté du Cap Ferret. Toutes ces pensées qui me reviennent par vagues dans la journée, en d'infinis rewind.
-
- 21 Juin 2010
-
- Belle journée avec Stéphane pour dédicacer Pagaille monstre sous le soleil de Fécamp. La Manche avait des couleurs de Caraïbes quand nous sommes arrivés. Soirée en bord de mer où les libraires, Nathalie et Nicolas Fleur, nous ont invité à dîner. Grand coup de coeur pour cette ville et ses habitants.
- Le rêve étrange de cette nuit : J'étais en voiture avec mon père, nous traversions la place de la Porte d'Auteuil et il y avait des travaux qui nous empêchaient d'avancer dans le goulot de la rue d'Auteuil. Je sortais de la voiture pour me rendre compte de la situation. Rien à faire. C'est comme si je devais prendre soin de mon père resté dans la voiture, en essayant de débloquer la situation et je n'y parvenais pas. Tout près, sur la place, une jeune femme à la silhouette svelte et envoûtante, amazone brune coiffée d'une queue de cheval, décrivait d'infinis cercles en vélo.
- Anne était à Paris ce week-end et avant de repartir à Genève elle a laissé dans ma boîte aux lettres une tablette de chocolat. Elle a découpé une petite étiquette qu'elle a collé sur la tablette et sur laquelle elle a écrit : "Surprise de Suisse pour Jérôme". C'est drôle, l'épaisseur et la continuité du temps, les labyrinthes et la densité de l'existence. Si je remonte dans ce Journal, disons il y a six ans de cela, je brûlais d'amour en secret pour Anne à qui je n'avais jamais parlé, dont chaque apparition me bouleversait au-delà de l'imaginable, et n'imaginais pas, d'ailleurs, qu'elle inventerait des années plus tard ce doux rituel du chocolat laissé dans ma boîte aux lettres.
- Cette année, la fête de la musique, je l'ai passé dans la salle d'attente d'un dentiste, à écouter Chante france.
- Je ne sais pas en fonction de quoi les dentistes choisissent la radio qu'ils diffusent dans leur salle d'attente. Une musique censée préparer celle de la roulette ou de la machine à détartrer ?
- Choisir ses médecins en fonction de ce qui se passe dans leurs salles d'attente (reproductions de tableaux aux murs, magazines sur la table basse, fréquence de radio dans les enceintes). Est-ce qu'il y a des dentistes qui se risquent à faire des play-lists, comme l'hôtel Costes et les trucs dans le genre ?
-
- 26 juin 2010
-
- Parfois des chanteurs avec lesquels je travaille ont la manie du sens à tout bout de champ, la manie de vouloir tout expliquer. En dehors du fait que ce qui nous touche est souvent hors-la-loi de l'explication, ironiquement ma réaction est souvent d'allumer la radio pour leur prouver que le sens n'a, la plupart du temps, aucune importance.
- Je veux dire il suffit d'allumer la radio pour se prouver que tout ceci n'a pas de sens.
- Alors, dans ces conditions, seuls les poètes s'en sortiront vivants.
- Comme je me suis sorti vivant à midi de la cambrure, tel un trait de fusain, décrite par la serveuse du restaurant Le basilic quand elle se penchait sur la table voisine, comme à l'un de ses fins poignets d'une petite montre jaune de style waterproof.
-
- A l'arrogance des caïds de cours de lycée des joueurs de l'équipe de France, les japonais ont gagné leur match contre le Danemark avec l'élégance, la liberté et la maîtrise des samouraïs. Le vent était de leur côté comme dans un film épique de Kurosawa. Je n'y connais pas grand chose en football, mais s'il s'agit de taper dans un ballon, peut-être mise à part la technique, le travail et l'expérience, faut-il être suffisamment gracieux moralement pour s'allier la puissance du vent.
- Mardi soir, Emma m'a emmené à un petit cocktail organisé par Marion (de Blay) et deux de ses amies parmi lesquelles Hélène de Fougerolles. Silhouette légère et présence charmante. On ne sait jamais ce que sont les actrices qui, à l'écran, essaient de se faire un peu de place entre les fantasmes sur lesquels elles ont été choisies et les fantasmes qu'elles projettent. Il est toujours difficile de se faire de la place, tel un drapeau blanc entre deux feux ; un drapeau blanc qui tenterait de se mettre un peu de rouge.
- Voilà pourquoi la plupart apparaissent dévorées dans la réalité. Ce n'est pas le cas d'Hélène de Fougerolles, absolument charmante.
-
- C'étaient les 40 ans de David, hier soir. Il a fêté ça dans un petit troquet en bas de chez lui, dans le quartier des Batignolles. Une cinquantaine de ses amis avaient répondu présents parmi lesquels un type très sympathique qui, par un drôle de concours de circonstances, s'avérait être une petite teigne que je connaissais à l'âge de quatorze, quinze ans, puisqu'il prenait le même car scolaire que moi, qui le déposait à son lycée avant de cheminer vers le mien. Pour des raisons complètement arbitraires, ce petit adolescent me faisait subir une sorte de calvaire chaque fois que je pénétrais dans le bus, ayant monopolisé avec ses potes les rangées du fond (évidemment), me bousculant, m'assénant de durs et méchants coups de poing, ou m'envoyant son lourd cartable dans la tête. Je n'étais pas de taille à répondre, refusant l'affrontement par timidité (pas d'esclandre en public à l'âge où de toute façon ce ne sont jamais les plus malins qui s'en sortent) et supposant mon infériorité physique et numéraire. Cela étant, comme tout véritable romantique, je ne suis vraiment masochiste que sur le terrain de l'amour (et encore...). Donc, au bout de trois quatre corrections bénignes mais insupportables de mon point de vue, et qui s'étalèrent bien sur plusieurs semaines, je trouvais un subterfuge pour demander à mon papa de me conduire à l'école en voiture le matin. Je crois qu'à l'époque il descendait ma maman une heure plus tôt au train pour Saint-Lazare, et je profitais de ce voyage, quitte à poireauter une heure-et-demi dans la cour d'école en attendant le début des classes.
- Hier soir, à l'anniversaire de David, mon agresseur de jadis, qui me fit vivre un petit calvaire physique et psychologique, me serra la main dans la peau d'un grand type sympathique et cordial n'ayant aucune mémoire de mon visage ni du fait qu'il ait pu être à mon égard une crapule, un tyran, lui et sa cour d'adolescents brutaux du fond du car.
- Je crois que sincèrement, il n'avait plus aucune mémoire de cette histoire.
- David m'a un peu mis mal à l'aise en évoquant devant lui cette histoire, et tout de suite par politesse je l'ai minimisée, la prenant à la cool, comme on ne disait pas encore à l'époque. Mais, rentrant par les rues chaudes et épuisantes de ce début d'été à Paris, je n'ai pu m'empêcher de penser à cette injustice de la mémoire.
- Que les victimes, mêmes minuscules quant aux faits d'une telle histoire, se chargent souvent seules du poids de la mémoire. L'oubli, aussi sincère qu'il soit, est toujours le privilège (puisqu'ils en ont la possibilité) des bourreaux.
-
- 28 juin 2010
-
- Dans l'etouffoir de Paris, douceur inégalable d'une nuit d'amour presque blanche avec A.
-
- Vers juillet.
-
- -------------------------------
-
- Samedi 17 juillet Concert au Bus Palladium (rue Fontaine, Paris. Entrée libre)
-
- Journal intime l'intégrale. Site page d'accueil.
-
-