Vous lisez ce Journal depuis des lustres ou avez été récemment happé par sa petite lumière, merci de donner de votre cœur et de votre tempérament à l'auteur de ces lignes en propageant autour de vous cette vidéo récente au sujet de Pagaille Monstre, et de conseiller le livre autour de vous.
Grand merci.
jerome
Jerome Attal - Journal Mars-avril 2010 :
Mars. 3.03.10 Souffrances de la fidélité. 9.03.10 Les collants roses - Bonheur infini des joies infimes. 14.03.10 Le grand Rex - Sissi et Audrey - La littérature et la prestidigitation. 25.03.10 Le charme désuet des lettres d'amour. 27.03.10 Ce qu'il ne faut pas entendre. Mad men et Dexter. Le grand plaisir du livre. 31.03.10 La bonne fatigue - Le cœur Pantone - Toute retrouvaille est une arnaque.
Avril. 4.04.10 Celui qui te hantera toujours - Promenade Nocturne. 5.04.10 Un lundi au goût de dimanche soir - Interview par ma voix des visages de ma bibliothèque. 8.04.10 Le bonheur de remettre à plus tard - Quand la faille d'un être vous explose à la gueule. 11.04.10 Les beaux visages de Saumur. 12.04.10 Croisée rue Jacob - Un solitaire n'a pas de moment de solitude -
ll a été changé lui aussi par le passage de cette femme - Du bruit sur mon silence. 16.04.10 Le film catastrophe de la réalité. Les déconvenues au quotidien. 17.04.10 En musique - Du charisme en cinéma comme de l'autoportrait en peinture - Entretien à Discordance. 18.04.10 Du moment qu'un postier du Québec. 19.04.10 Sévère avec Léonard - Un public hors contexte - Une nouvelle ère - Histoire(s) d'amour. 21.04.10 Les petits cons de 30 ans - Du romantisme - 171 - Ses genoux dans Regent's park. 22.04.10 Babylone. 25.04.10 Fragments du week-end qui n'ont pas trouvé leur place jusqu'ici. 26.04.10 En interview avec le nouveau Bernard Pivot. 29.04.10 La danse dense - L'accessoire et le sujet - Le distributeur de mépris. Lecture à Deauville. Poursuivre vers mai-juin 2010.
3.03.10 Je me tords de douleurs - bas du ventre, reins. Sans doute de petits calculs rénaux et mon médecin généraliste est en train de visiter les hauts lieux de la Bhagavad Gîtâ, nous sommes en pleines vacances de février et je pourrais très bien aller voir un autre docteur, mais ne m'y résous pas, jour après jour, endurant ce qu'il conviendrait d'appeler en regard de cette anecdote : les souffrances de la fidélité.
9.03.10 Toujours très mal en point. Je suis allé chercher ma mère à la clinique d'Evecquemont après l'intervention qu'elle y a subi, et aurait pu trouver un docteur pour me faire examiner mais ça aurait fait : ton sur ton. Patraque, je ne fais pas long feu au défilé Castelbajac : Magnifiques robes vitraux, femmes chevaux. qui s'abreuvent à l'élégance sèche de l'exercice.
Pendant qu'au premier rang la brochette de stars du moment se fait mitrailler sous les flashs, je repère, à l'écart, une longue jeune femme aux collants roses auxquels mon regard s'attache et grimpe tel le garçonnet à l'assaut des haricots verts dans les histoires que je lisais quand j'étais enfant.
Sur Facebook on me propose de devenir fan de personnes dont je ne connais même pas le travail. A la télévision, il y a une bande annonce pour une émission qui dit : "Pourquoi le tueur de l'est parisien fascine-t-il autant ?" Je ne comprends pas ce qu'il y a de fascinant chez un type qui utilise sa force et sa bestialité pour réduire à sa merci d'autres personnes, les violer et les tuer. Je ne vois vraiment pas ce qu'on peut trouver de fascinant là-dedans. Encore de ces conneries qu'on doit entendre à longueur de journée.
Cette après-midi, coups de fil de personnes qui m'annonçaient de minuscules bonnes nouvelles. Ce n'étaient pas des nouvelles bien cruciales, mais ce qui était touchant c'était la manière douce avec laquelle on m'appelait comme pour me dire : Rien de bien décisif aujourd'hui mais j'ai envie de te donner de l'optimisme ! Les belles choses, il y en aura demain !
Parfois des attentions de ce genre suffisent pour donner de l'élan aux projets en cours, et donner des coups de pieds aux paresses du destin.
14.03.10 Mardi soir avec A. au Grand Rex pour assister au concert de Michel Delpech. Toujours très émouvant d'entendre et voir une des chansons dont j'ai écrit le texte applaudie dès les premiers accords de piano, alors qu'elle n'a pas eu l'exposition qu'elle aurait mérité.
Ils auraient sorti ça en single, juste l'interprétation puissante de Michel avec un piano, et ça aurait donné quelque chose de beau sur les ondes, de très humain et d'inédit par les temps qui courent. Mercredi soir au théâtre de La Madeleine, invité par Sissi Duparc à une représentation de Maison de poupéeavec Audrey Tautou et Michel Fau. Je me souvenais d'une version figée et prodigieusement barbante de la pièce, malgré les subtilités et les fulgurances de Strinberg, vue à Chaillot il y a plusieurs années. En rentrant, j'ai écrit à Sissi qu'elle m'avait réconciliée avec le théâtre. Et j'ai trouvé Audrey Tautou absolument prodigieuse. L'audience était jeune et très enthousiaste. A côté de nous, il y a une bonne femme qui s'est offusquée qu'A. applaudisse à tout rompre à la fin du troisième acte, du genre : "Mademoiselle, comment avez-vous pu aimer cette pièce ?". Je suis intervenu pour dire : "Hé bien on peut ! Voilà !". La mégère bougonne a commencé à critiquer le jeu d'Audrey, j'ai riposté, et au bout de trois minutes elle était d'accord avec moi pour dire que la comédienne était absolument exquise. En même temps, nous étions aux premiers sièges de la corbeille, et comme après le bon moment passé je n'avais pas du tout envie de plaisanter avec quelqu'un qui dénigre à tout bout de champ (le mal de l'époque que les cons croient le comble du chic) elle a peut-être estimé que je n'hésiterai pas, en cas de désaccord prolongé, à la balancer dans l'orchestre.
Le bouche à oreilles favorable autour de Pagaille monstre me conduit d'un événement à un autre (ou dans l'attente d'un autre). De belles surprises en atermoiements, de déconvenues en sollicitations heureuses. Le fait d'être publié dans une petite maison d'édition induit qu'il faut toujours se battre (et souvent contre des moulins à vent, si je puis dire) pour gagner un peu d'espace, d'exposition, de crédit, mais j'ai aussi l'impression malgré toutes les portes qu'on se prend que les personnes qui décident de nous aider le font avec force et sincérité.
Pagaille monstre est soutenu comme aucun de mes livres précédemment par les libraires, c'est une étape importante et une grande joie d'être invité dans un lieu où le livre est mis en valeur - même si je ne suis pas suffisamment médiatisé pour que toutes les dédicaces éveillent la curiosité ou engendrent de l'affluence et que, dans certains endroits comme aujourd'hui, Fnac Parly 2, je me sente bien seul derrière ma pile de livres, à sourire comme un forcené aux familles qui errent dans les rayons et passent devant ma table, n'ayant même pas un tour de magie à proposer pour occuper les enfants. Je pense que la prestidigitation en littérature, une notion chère à Vladimir Nabokov, peut prendre tout son sens un samedi après-midi atone dans un centre commercial où votre travail ne dit rien à personne et où vous regrettez de ne pas vendre en option quelques boîtes de magie pour en faire la démonstration.
25.03.10 J'ai retrouvé de vieilles lettres d'amour du début des années 90. Celles que des filles m'envoyaient, souvent en retour des miennes (pour être honnête). Il y a le charme désuet d'expériences qu'aujourd'hui le systématisme de se joindre du téléphone portable, cette saleté d'internet (je déconne), ne pourront plus jamais reproduire, l'anecdote surannée de phrases qu'on ne pourra plus écrire comme celle-ci que j'extrais d'une lettre qui me fut destinée : "Ce soir j'ai voulu t'inviter à dîner à la maison puisque mes parents sont à l'opéra (Je les envie mais pas autant que s'il s'agissait d'un ballet), mon frère chez son amie, et moi toujours et encore toute seule avec mon chat chéri. Impossible de trouver ton numéro de téléphone sur le Minitel (évidemment tu ne l'as pas !) inutile de te dire que j'étais enragée."
27.03.10 Dans les travées du Salon du Livre, hêlé par un type qui me demande comment marche mon livre. Un livre se lit, plutôt qu'il ne marche, mais bon. Le type en question est à la tête d'un webzine culturel, et a tellement de travail (au moment où il me hèle il est en train de faire le mariole à un cocktail sur un stand branchouille du Salon du Livre) qu'il n'a sans doute pas encore eu le temps ou pensé à produire quelque chose, un petit article, sur Pagaille Monstre. Comme il m'apostrophe en me parlant de mon livre, je me permets de lui faire directement la remarque (en cas contraire j'aurais sagement passé mon chemin) : Alors, à quand un petit sujet sur Pagaille Monstre ? Et le type me sort le discours aberrant, que non, dans leur webzine tellement supersonique ils préféreront faire quelque chose sur moi le jour où je sortirai un nouveau disque. Et ce type me sort cet argument sans le moins du monde paraître embarrassé, gêné pour lui-même. Plutôt conquérant, cordial en apparence. C'est comme l'autre jour, tombant sur une émission de radio où mon nom était cité, les programmateurs-animateurs se targuaient de m'avoir invité les premiers dans leur émission, à l'époque où je faisais des disques autoproduits, et ont ajouté qu'ils aimaient beaucoup mon travail. Là encore, j'étais stupéfait. S'ils aiment mon travail à ce point, pourquoi ne pas m'avoir réinvité en dix ans ? Comme si je n'avais rien fait depuis dix ans ? J'ai de moins en moins d'indulgence pour ce genre de personnages. Ce que je ne comprends pas, c'est comment ils osent tenir de tels propos sans être gênés pour eux-mêmes.
Rencontré X, un très sympathique jeune auteur. En trois phrases il a réussi à dire qu'il adorait Sade, a espéré qu'il rencontrerait dans l'heure des jolies filles à dévergonder, et a demandé à un jury d'étudiantes sur le ton de la plaisanterie à peine forcée avec qui il devait coucher pour que son livre gagne un prix, pourquoi pas avec toutes en même temps. J'espère que son écriture n'est pas autant une suite de caricatures. Si Thomas, le personnage de L'amoureux en lambeaux avait participé de loin à ça, il se serait juste approché pour l'étrangler.
Je suis captivé par la série américaine de Matthew Weiner, Mad men. Ce que j'ai vu de mieux à la télévision ces derniers temps. C'est Alexandra (Geyser) qui a attiré la première mon attention sur cette série, et j'en suis devenu (un doux) fanatique. En revanche je reste très partagé par la saison 4 de Dexter, même si le duel avec John Lightow est aussi passionnant et génial que celui avec Jimmy Smits dans la saison 3, je trouve que les histoires secondaires sont mal ficelées, mal déployées, par exemple je ne crois pas du tout à ce personnage de la journaliste qui est en réalité la fille cachée du grand méchant, je ne vois pas où ça mène à part donner un alibi aux personnages secondaires et faire un peu de feuillage pour l'intrigue principale . Il reste quand même que John Lightow est absolument saisissant, impeccable.
Bonne et puissante répétition vendredi. Confiance accrue en la nouvelle formation musicale et ce que l'on va pouvoir faire ensemble. Constance s'est achetée une nouvelle guitare (Gibson), elle joue terrible sur des morceaux comme : Les beaux au revoir, ou Une fille ça commence par fragile. Une lettre de Robert (Saucier) (que j'ai vu avec grand plaisir, lundi dernier, lors d'un de ses voyages à Paris), au sujet de Pagaille Monstre. Il m'écrit : "En fait, le grand plaisir du livre, c'est... toi, ton regard sur les gens, sur les choses, sur toi-même. Tu
n'as pas l'exclusivité du regard distancié, mais damned tu l'as d'une façon extrêmement plaisante,
comme toujours amoureux, drogué du plaisir de l'aventure de la vie, même dans tes commentaires
les plus... critiques"
31.03.10 De la bonne fatigue après le concert d'hier soir. L'impression de chanter dans un garage mais je n'avais pas trouvé un de mes concerts aussi plaisant depuis belle lurette, peut-être l'époque euphorique des virées en Suisse. Les derniers à Paris, il y avait toujours quelque chose ou quelqu'un pour mettre le moral à plat.
Il y a plein de trucs déplaisants à affronter dans les petits concerts : l'incertitude du lieu, l'indifférence de ceux qui bougent le petit doigt pour vous juste quand c'est médiatique, les gens qui disent qu'ils vont venir et qui au dernier moment renoncent, vous bombardent de textos à une heure de votre entrée sur scène pour dire qu'ils ne seront pas là, le déplaisir de devoir solliciter à tout bout de champ, ce genre de trucs sur lesquels il faut passer, et il faut arriver à faire son nid dans la carapace des chansons et la chaleur des gens présents. A cet égard, c'était vraiment un beau petit concert dans lequel je me suis senti très bien, malgré l'exiguîté du lieu. Le groupe impeccable : Frédéric qui trouve toujours des solutions à tout, Cyrille au jeu nuancé qui arrive à bastonner sa batterie en douceur, et Constance pour notre premier concert ensemble qui a fait l'admiration de tous à la guitare. Aujourd'hui, petit blues des lendemains de concert, comme ça ne m'était pas arrivé depuis bien longtemps, quand on se sent perdu dans cette vie qui se passe très bien de nous, quand la journée est inefficace parce qu'on a qu'une envie : retourner sur scène et aux chansons.
Set-list jouée hier soir : Les beaux au revoir - Baudelaire était blond - La cavale - Une fille ça commence par fragile - Lysa - La colère - La théorie des nuages - Comme elle se donne.
J'avais ma petite caméra avec moi et suis un peu déçu de ne pas avoir demandé à quelqu'un s'il voulait bien filmer. En même temps, je n'avais pas envie de demander à quiconque de passer tout le concert derrière un écran (Je pense maintenant à cette phrase de Godard qui dit que le cinéma c'est : voir ce qu'on ne peut pas voir autrement que par la caméra), et ça me plait d'avoir un moment unique, vierge de toute trace obligatoire, même si certaines chansons comme La cavale dans la belle et bienveillante ambiance du public ont juste été extraordinaires et mémorables.
Je ne sais pas si c'est parce qu'Erwan (Denis) venait de me parler de Pantone et de couleurs primaires mais juste après, dans le métro Convention, il y avait une fille qui avait vraiment un code couleur audacieux : des cheveux oranges, un pantalon fushia, un sweat-shirt rose fluo, une barrette de la même couleur en rappel. Je me suis dit que si elle se prénommait Lila, c'était vraiment la dernière des m'as-tu-vu. Et que si elle se prénommait Blanche, il eut été de bon ton de tomber amoureux d'elle. Elle portait une écharpe qu'elle laissait traîner par terre, dans les couloirs du métro Convention. A quoi sert de s'habiller avec tant de recherche et d'audace si c'est pour laisser son écharpe traîner par terre ? Même chez les filles qui se donnent du mal, il y a toujours quelque chose qui cloche.
Errant dans un supermarché sans quoi savoir choisir pour manger (une métaphore de mon existence entre vingt et trente ans) je me suis souvenu d'une publicité récente qui proclamait qu'ils viennent de réhabiliter la grande barquette de Danette en vogue dans mon enfance. Je me suis donc dirigé vers le rayon yaourts dans l'espoir de retrouvailles (dans le sens de trouvaille à nouveau) avec cette barquette géante et, par extension, de retrouvailles avec le temps immense et à jamais perdu de mon enfance. Mais, apercevant puis soupesant la barquette, je me suis vite aperçu de la mesquinerie de l'opération. La barquette est plus petite, plus étroite moins profonde, que celle qu'on pouvait acheter autrefois, sous le couvercle l'évasement est plus mesquin. Les lieux de notre enfance souvent nous paraissent minuscules, les distances idem, en regard du souvenir qu'ils nous ont laissé. Il en va aussi pour les êtres croisés ou adorés dans l'adolescence. Mais là, ça sent vraiment la supercherie à plein nez. Tant que j'écrirais dans ce Journal, la mélancolie ne supportera pas de portion réduite. Toute retrouvaille est une arnaque.
4.04.10 Hier nuit, me rendant à pieds à la maison de la radio pour l'émission Nocturne dans laquelle j'étais invité, je croise la population des confidences du samedi soir, des porches et des bancs, jeunes gens terminant leur soirée ou prêts à converger en boîte de nuit. Devant un immeuble, je saisis ce tronçon de conversation entre deux filles : " De toute façon il sera toujours le type qui te hantera et avec lequel tu n'auras jamais envie d'être à fond parce qu'il sera toujours malheureux."
Heureusement que je ne prends pas, comme les héros de mes romans, les phrases que je reçois à la volée, comme de puissants oracles.
Le bel espace d'entretien entre 1h et 2h avec Brigitte Palchine sur France Inter. Un temps précieux qui m'est offert pour parler de mon livre, sur un ton passionné et alerte, avec une journaliste qui m'aide à cerner et transmettre des sensations de mon travail. C'est en écoute pendant une semaine ici.
5.04.10 Je me promène en fin de soirée, dans cette ambiance particulière au bord de retrouver la routine, le temps de tout le monde, après un long week-end férié. L'excitation alerte mêlée à la fatigue des gens qui reprennent leur place dans la ville. De gros nuages au ventre sombre qui ne craquent pas, un vent léger, un soleil fauve et déclinant. L'heure du bain quand j'étais enfant ou celle des derniers jeux, pendant que mes parents s'affairaient dans le jardin avec les plantes, les tuyaux d'arrosage, les sécateurs, les arrosoirs, qu'ils tournaient autour de la maison à la recherche d'un dernier travail plaisant.
Travaillé toute la journée, notamment à un entretien avec Dahlia pour le webzine Discordances, à paraître bientôt. J'essaie toujours d'apporter un soin immense aux entretiens, comme si je travaillais un texte destiné à être publié, et c'est toujours un plaisir de développer une écriture et des idées sur des questions pertinentes, comme avec Dahlia.
Dans le même registre, parution aujourd'hui de l'interview que j'ai donné à Alexandra pour le Buzz littéraire. Alexandra m'a demandé de prendre des photos de ma bibliothèque pour illustrer l'interview. J'ai eu la bonne idée de ne pas me mettre en scène car parmi les citations qu'elle a pioché dans mon Journal, il y en a une où je dis que l'écriture devrait se passer du visage de celui qui écrit, quelque chose comme ça.
Je dois ajouter qu'à chaque fois que le Buzz littéraire a parlé de mon Journal, les citations étaient toujours choisies à propos et avec justesse. J'ai quand même été bien inspiré sur ce coup-là.
J'ai bien aimé raconter l'histoire du livre de Dostoïevski qu'on ouvre pour patienter, lors d'un rendez-vous qui tarde à apparaître, et dans lequel on se plonge tellement qu'on préfère s'enfuir pour poursuivre sa lecture. J'imaginais la scène comme un petit court-métrage. Je retranscris ici la première question de l'interview et la réponse que j'en ai donnée.
Buzz littéraire : Quel est le livre qui t'a marqué enfant et/ou ado et qui t'a
donné le goût de la lecture ? J.A. : Mon premier souvenir remonte à "Charlie et la chocolaterie" de Roald
Dahl, c'est le premier livre que j'ai lu du début à la fin, participant
de plein gré à cette odyssée dans une chocolaterie. Cela me fait penser
à une phrase de Nabokov sur l'enfance, l'écrivain prétend que pour
retrouver le goût de son enfance il faudrait reconstruire les usines de
chocolat à l'identique pour pouvoir une fois encore croquer le genre de
tablettes et de chocolat disponibles à cette époque. Les gourmands de ma
trempe ont toujours tendance à concevoir l'enfance comme une sorte de
terrain vague de la dégustation. On déguste aussi par la suite, dans la
vie d'adulte. Une façon de retrouver son enfance, peut-être, et même si
les larmes viennent moins rapidement. Pour les bandes dessinées j'étais
un très grand fan du travail de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud dans
leur série Blueberry. Je me souviens, comme ma maman est belge, nous
partions à Pâques et à la Toussaint chez mon grand-père à Gibecq, un
petit village près d'Ath, dans le Hainaut occidental, et j'avais
toujours le droit d'acheter une ou deux bd de Blueberry au supermarché
Délaize que je lisais ensuite étendu sur un grand canapé rouge
transformé en lit, le soir vers 21 heures, en pyjama et dans une
semi-obscurité, pendant que les adultes poursuivaient leurs
conversations attablés dans une pièce lointaine.
Par la suite, la vraie rencontre avec les livres je l’ai faite à l’âge
de vingt ans, à partir du moment où j’ai commencé à vivre seul, à Paris.
Comme une sorte de guide touristique pour la mélancolie. J’étais un
adolescent très marqué par le cinéma, la télévision, et je croyais
pouvoir me passer des livres. Peut-être que la découverte d’un certain
cinéma m’a rapproché des livres, le cinéma de François Truffaut par
exemple. Je me souviens avoir commencé le premier tome de L’idiot de
Dostoïevski dans l’attente d’une fille avec laquelle je devais aller au
cinéma. Une fois que le prince Mychkine entre dans le salon des
Epanchine et rencontre Aglaïa, j’étais captivé, je ne pouvais plus
interrompre ma lecture pour qui que ce soit, alors je me suis enfui,
serrant le livre sur mon cœur, pour pouvoir me mettre à l’abri quelque
part et y poursuivre ma lecture.J’espère que la fille qui arrivait en retard ne m’a pas
surpris courir comme un possédé dans une direction opposée.
Je traverse un quartier
de Paris dans lequel j'adorerais habiter. Je pourrais chercher à y déménager rapidement
mais c'est toujours très coûteux, très accaparant, ce sont des complications
qui compliquent l'existence, et puis il y a le bonheur de remettre à plus tard.
Remettre à plus tard est parfois plaisant quand cela participe d'une construction de l'imaginaire. Adolescent, je
trouvais le monde étriqué de ne pouvoir me projeter nulle part.
Je me souviens
aussi de E. que j'adorais, au point que j'étais resté jusqu'à cinq heures du
matin dans une fête quelconque supportant la majorité des gens qui se mettaient minable,
et la précédant dans les escaliers pour affronter un
énième matin d'été, brûlant de pacotille, dans les escaliers je l'aurais bien
embrassée mais me suis abstenu d'amorcer cette histoire parce que je convoitais une
autre personne, sottement peut-être mais de tout mon coeur.
Plus tard, j'ai revu E. et je
lui ai dit : Dans quelques années nous vivrons ensemble à New York. Elle avait dit oui et je ne me
souviens plus de la date que j'avais lancé précisément mais sans doute cette date est dépassée aujourd'hui. Et
New York n'existe pas. Je veux dire cette vie dans laquelle je me projetais
avec bonheur ne s'est pas réalisée. Mais sur le moment, cette projection était
une fête, et me faisait oublier que j'avais fermé la porte à cet amour possible
pour aller m'empêtrer dans un autre. Je ne sais pas comment terminer ce texte,
cette histoire, mais tout ça pour dire qu'il y a des choses qu'il est doux de
remettre à plus tard, au risque qu'elles n'arrivent jamais. Chaque moment devrait avoir une porte de sortie sur
un imaginaire, une situation enviable et qui n'est pas pour tout de suite à notre portée. Et même si l'on choisit, la plupart du temps, l'issue de secours de la
réalité.
Quand la faille d'un
être vous explose à la gueule, il n'y a que deux solutions : Tomber amoureux ou
s'enfuir de dégoût.
11.04.10
Belle journée au Salon du livre et du vin de Saumur, en compagnie de A.
Goûté à des huitres pour la première fois, bu du Pouilly fumé admirable. Des rencontres charmantes et des visages bienveillants. J'ai signé tout mon stock de Pagaille Monstre. Plusieurs garçon qui dessinait des soleils noirs, et Journal fictif d'Andy Warhol.
Rentré avec le sentiment que j'aurais bien parlé au minimum dix minutes de plus avec chaque personne rencontrée. Mais ce qu'on ne peut pas faire ou donner faute de temps dans la vie, il faut le donner dans les livres (ou les chansons).
12.04.10
Rue Jacob, après-midi de printemps. Une jolie jeune femme, un appareil photo en bandoulière, vient à ma rencontre. Bien que happé par sa beauté je détourne le regard à mesure qu'elle approche, pour ne pas insister et jouer les lourdauds au moment où nous nous croiserons. De son côté, elle regarde droit devant elle, illuminée par un sourire charmant. Quand elle arrive à ma hauteur, je perçois qu'elle cherche, dans un élan soudain, mon visage.
Alors je lui rends aussitôt son regard, dans la mesure du possible. Ou plutôt, devrais-je dire, dans la mesure de l'impossible.
Conversation avec X qui s'emballe et se désole, de projets en renoncements, parce qu'il finit toujours par avoir des relations compliquées, amoureuses puis conflictuelles, avec les personnes avec lesquelles il s'associe.
Plus généralement, je vois en X un solitaire qui rêve de bandes organisées. Comme au bord des terrains vagues, l'adolescence n'a d'autre solution que d'être une bande organisée.
De mon côté, comme tous les grands solitaires, en ce moment et la plupart du temps, je rêve surtout de solitude.
J'ajouterais à cela, par association d'idées, que c'est toujours confronté à l'autre que l'on parle de "Grand moment de solitude". En somme, un vrai solitaire ne connaît pas de solitude.
Deux femmes qui parlent entre elles d'un homme de leur connaissance : "Il a été changé lui aussi par le passage de cette femme".
Je ne sais pas si les personnes que j'ai aimées m'ont profondément changé. Bouleversé, mais pas changé. Je crois au contraire que leur arrivée dans ma vie a exacerbé ce que je suis vraiment, une nature profonde qui peut être édulcorée ou tamisée dans la routine des journées et des rencontres.
L'amour fou, ou vécu comme tel, est un état où l'on ne pactise pas. Où rien n'a d'importance, sauf à tout moment, l'éloignement de l'autre qui est grave.
Ravi par l'audace, l'humour et l'intelligence de la saison 7 de Curb your enthusiasm. Si l'on me propose un jour d'essayer d'écrire une série de cette trempe pour la France, je signe tout de suite.
Toujours au combat pour la promotion de Pagaille Monstre (devant le succès du bouche à oreille et les belles surprises médiatiques, mon éditeur prévoit une troisième impression), je travaille dès que je peux à éclaircir ce qui sera mon prochain roman. Je comptais me réserver une grande soirée de travail et le brouhaha sans gène et incessant de mes voisins du dessus m'a pesé sur les cervicales et agacé jusqu'à plus d'heure.
L'autre jour, j'ai croisé le locataire en question dans le hall de l'immeuble, et je voulais lui dire quelque chose, à nouveau, du genre : Vous ne pourriez pas s'il vous plait faire moins de bruit, le plancher grince sans cesse, ma poutre du haut s'effrite, ça devient invivable... Mais comme je lui en ai déjà fait la remarque la dernière fois et que lors de cette nouvelle rencontre il ne s'est même pas enquit avec délicatesse de la situation, cela m'a juste découragé par avance de lui dire quoique ce soit.
16.04.10
Les images du volcan islandais en éruption, comme si la terre saignait et que trois rivières de lave allaient calmement poursuivre un chemin capable d'engloutir le monde. D'épais nuages de cendres paralysent le trafic aérien. Hier soir, au Journal parlé sur TF1, ils ont interviewé une jeune femme qui était coincée dans un aéroport et qui ne pouvait pas rejoindre son amoureux, piégé de son côté, plus au nord, à Copenhague. Ils ont réussi à faire ça dans le Journal parlé, grâce au témoignage d'une amoureuse : réunir tous les ingrédients du film catastrophe.
Nuit très difficile, après avoir regardé le digne et édifiant témoignage de Simone Lagrange sur sa déportation en 1944. Ce qu'on retient hors la barbarie effroyable, c'est la petite saloperie des gens, les dénonciateurs, les acteurs débonnaires de lâcheté.
Mais surtout le courage exemplaire et la conviction de Simone Lagrange de ne jamais se laisser réduire, ou annihiler sa capacité à se mettre en colère. Une résistance intime, au fond de soi, qui déborde l'humanité.
Encore une sacrée déconvenue ce matin. D'un magazine qui avait appelé Stéphane pour lui demander les visuels de Pagaille Montsre + une photo de moi en vue d'un article qui devait sortir soit la semaine dernière, soit aujourd'hui. Rien la semaine dernière. Et rien aujourd'hui.
Depuis l'arrivée de Pagaille Monstre en librairies les belles surprises, les élans et les soutiens sont souvent freinés par de sévères déconvenues, qui à chaque fois empêchent un effet boule de neige à grande échelle, il faut se battre tous les jours, ce sont les montagnes russes tous les jours, les joies et les déconvenues se succèdent à un rythme effréné. Ce que je ne comprends pas, ce sont les promesses concrètes qui nous sont faites alors qu'on n'a rien demandé. Enfin, je veux dire, en demande de quelque chose mais n'ayant rien demandé de précis. Et ce qui est dur ce sont ces promesses qui nous emballent, nous donnent de l'élan, et au final les choses n'arrivent jamais, disparaissent de la circulation ; ainsi c'est arrivé au moins deux fois de manière spectaculaire depuis la sortie du roman. Pourquoi tout d'un coup passe-t-on à la trappe ? Pas assez puissants ? Tout à fait négligeables ? Petits et indépendants ? Ce qui est difficile, c'est qu'atteindre des gens qui pourraient être touchés par votre travail dépend si peu de vous. Après, on pourra m'objecter que je me plains alors que je bénéficie déjà d'une belle exposition par rapport à la masse de livres qui sort. Mais ce genre de comparaison et d'échelle m'ont toujours semblé stériles et malvenues. C'est comme avec mon ancien label de musique, en 2006, quand je me désespérais qu'ils n'aient aucune perspective pour mon travail et que je leur rentrais dedans pour mon deuxième clip et la manière dont ils exploitaient la chanson, tous m'objectaient : "De quoi te plains-tu ? Tu en connais beaucoup des artistes qui aujourd'hui ont le droit de faire un deuxième clip ?" A ça, il n'y avait vraiment rien à objecter, à moins de maîtriser l'aspect économique des choses, qu'est-ce que je pouvais répondre à ça ? Effectivement, la discussion était close. Il n'y avait plus qu'à se taire et partir. Ce que j'ai fait.
Bref, pour Pagaille Monstre, malgré les déconvenues cinglantes, c'est la bataille chaque jour pour faire gagner au livre un peu plus d'espace. Mais qu'on me traite comme quantité négligeable, ou qu'on me promette de belles choses qui ne seront pas tenues, en tout cas, on ne pourra pas me reprocher de n'avoir pas travaillé.
17.04.10
Musique. Encore une répétition convaincante et qui donne des ailes. Des ailes mais je me désole (de devoir tout reconstruire en terme de prospection de label, de maison de disques). Je préfère de toute façon reprendre espoir en un répertoire et une équipe de musiciens, plutôt que d'être entouré d'une structure et d'y être malheureux de A à Z, comme cela a pu m'arriver dans le passé. Il est difficile, voire impossible, d'arriver à faire aboutir seul le projet d'un disque, mais je ne suis toujours pas motivé à prendre un manager, à me relancer dans une histoire avec un manager. J'espère que mes éditeurs m'apporteront une aide cruciale. Je me donne quelques semaines encore, histoire d'être prêt avec ce projet de disque, pour apprécier en qui je peux croire et ce dont j'ai besoin.
Essayé de regarder le film OSS 117, Rio ne répond plus, très poussif malgré de bonnes (mais trop rares) idées ou répliques. Très vite, j'avais envie de revoir les films à la fantaisie trépidante de Philippe de Broca comme L'homme de Rio, ou Les tribulations d'un chinois en chine, mieux menés il me semble. En ce moment, je m'intéresse au Journal de Jean-Patrick Manchette, et sa lecture m'amuse par la propension qu'a Manchette à commenter les films qu'il voit (cinéma ou télévision) de manière très expéditive. Il me semble qu'il a lui-même participé à l'écriture d'un tas de films pas fameux du tout et il se permet quand même de tailler des costards à des maîtres du cinéma comme Jean-Pierre Melville par exemple.
J'adore Melville pour Le cercle rouge, L'armée des ombres et Le samouraï notamment, mais aussi pour son engagement dans le cinéma et son charisme. J'entends par charisme une façon de produire des films qui fait que chaque film devient plus ou moins un autoportrait de celui qui les fait. Ce que Rembrandt et Francis Bacon font en peinture avec les autoportraits. Ainsi les films de Truffaut me semblent être des autoportraits de François Truffaut qui évolue avec son âge et ses préoccupations tout en gardant intacte sa nature profonde ; Truffaut serait proche de Bacon. Et Kubrick de Rembrandt avec son goût du genre et de la mascarade.
J'adore aussi Melville dans le beau passage que lui donne Godard dans A bout de souffle, cette scène sortie de nulle part qui a un charme fou.
Pour revenir sur Manchette je suis d'accord avec lui quand il trouve que John Huston est un cinéaste surestimé. Le cinéma d'Huston ne m'a jamais vraiment touché, trop viril certainement pour moi. Je préfère Boggy chez Hawks qui donne plus volontiers la virilité à la femme. Huston est peut-être un de ces cinéastes qui correspond à l'esprit de son temps et n'a pas cette touche de génie qui permet de le transcender, un cinéaste des années 50, comme en littérature Hervé Bazin et Henri Troyat sont, il me semble, des écrivains des années 50. Jean-Patrick Manchette m'exaspère souvent par ses partis pris et jugements cinématographiques. Son journal est plutôt moyen - En même temps, comment ne pas s'attacher à quelqu'un qui écrit un Journal ?
Je vais me procurer et lire au moins deux de ses romans. Il a intérêt à être bon.
Mise en ligne sur le site de Discordance (le haut du panier des webzines culturels) de l'entretien que j'ai fait avec Dahlia au sujet de Pagaille Monstre.
Extrait :
Discordance/Dahlia : Une chose très intéressante en revanche, c’est le fait que le
cours de l’histoire continue à évoluer, indépendamment de la décision
que prend le héros à chaque fin d’une séquence : personne ne reste figé à
sa place en attendant le bon vouloir ou le retour du héros… Est-ce que
cela t’a demandé un surcroît d’efforts d’imagination pour la structure
du livre et son champ des possibles ?
En fait je voulais pour mon histoire d’amour transcender les
possibilités qu’offrent traditionnellement un livre dont VOUS êtes le
héros. Souvent dans ce genre d’ouvrages, on vous propose soit d’aller
parler à la serveuse de l’auberge, soit d’aller vous coucher, et si vous
décidez d’aller parler à la serveuse vous finirez par aller vous
coucher (pas forcément avec elle). Bon. Ici, dans mon roman, les
personnages secondaires évoluent malgré le choix que vous faites sur le
moment de ne pas aller à leur rencontre. Cela m’intéressait de
travailler sur ce qui arrive souvent dans la vie réelle : Parfois on
peut refuser une histoire avec quelqu’un à un moment donné parce qu’une
des deux personnes n’est pas disponible, mais il y a la possibilité que
les paramètres changent trois mois ou quatre ans plus tard, on peut
retomber sur des personnes qui nous ont plu jadis, et, au regard de ce
qu’on a vécu depuis, nous pouvons les voir sous un autre jour,
elles-mêmes ont évolué dans un sens qui nous touchera davantage, bref,
rien n’est jamais définitif en amour, sauf le retour à soi.
18.04.10 C'était vraiment une journée bien pourrie comme on n'en fait plus. Une journée qui ne mérite pas une entrée, tout au plus une sortie. Quand j'ai ouvert la fenêtre qui donne sur la cour, j'ai entendu le facho du premier hurler sur des enfants qui étaient descendus pour jouer : "On est dans un état de droit ici ! Il y a un règlement de co-propriété, espèces de pourritures ! Merde alors. Vous n'avez pas à jouer ici, alors raus !" (en ces termes exacts que j'ai immédiatement notés). Le type vociférait contre des enfants de huit à dix ans, dans sa stupidité de leur faire comprendre ses histoires d'état de droit et de copropriété, comme s'il n'y avait pas de différence entre engueuler quelqu'un et le monde entier. Il fallait voir la violence avec laquelle il éructait contre les enfants. C'était vraiment une journée bien pourrie. Et puis dans ma boîte aux lettres il y avait une carte postale en provenance du Québec envoyée par mon ami Robert Saucier. Et Robert avait choisi deux beaux timbres d'un portrait d'Audrey Hepburn. Les timbres n'étaient pas oblitérés, et le portait d'Audrey s'affichait vierge de toute souillure. J'ai vu ça comme un acte délibéré, et je me suis dit que tant qu'un postier de l'autre côté de l'Atlantique refusait d'apposer un tampon sur un portrait d'Audrey Hepburn, il restait encore un peu de poésie et de liberté dans ce monde.
19.04.10
Mon père (mon papa, quoi) aurait eu 85 ans aujourd'hui.
Depuis que dans l'interview au Buzz littéraire je me suis montré plutôt sévère avec Léonard Michaëls, je n'arrête pas de lire ses nouvelles et de lui trouver d'immenses qualités.
Une phrase d'A. que je sors de son contexte pour en faire une admirable moitié de Koan zen : "Même le papillon a son public."
Conversation intéressante avec Sylvie Bourgeois qui me dit qu'elle voit Avatar comme une sorte d'ambassadeur et de missile destiné à faire passer toutes les salles de cinéma au numérique, et donc changer le système, tuer à petit feu le cinéma tel que nous l'aimons encore.
J'ai travaillé tout le week-end à la suite de Pagaille Monstre. J'avance, j'explore. J'essaye de me régaler le plus possible.
Dans mes histoires d'amour, j'ai souvent recherché un amour sans histoires.
21.04.10
Lu Nada de Jean-Patrick Manchette. Très fort, très beau. Romantique sans y toucher. Désespéré, désespérant.
A. (23 ans) me voyant arriver avec mes nouvelles converses s'exclame : "Ah non ! On dirait les petits cons de 30 ans qui portent des converses !"
A. me dit qu'elle est plus compliquée que moi, que de mon côté dans une assemblée de trente personnes je trouverais toujours une "beauté", je m'attacherais à une personne plutôt qu'aux autres, au-delà des autres, quitte à la charger d'absolu, tandis qu'elle peut très bien n'être attirée par personne en particulier. Je crois qu'elle a plutôt raison, dans une certaine mesure mais sans systématisme, que cela traduit mon côté romantique. Puisque le romantisme c'est justement trouver de la beauté par l'exercice d'une préférence.
Mon éditeur m'apprend que, pour le mois passé, Pagaille monstre se classe 171 ème des ventes de livres en France. Je ne me rends pas bien compte. Je crois que j'aimerais être dans les cent premiers, quitte à évoquer un classement. Pourtant, dans la masse des livres tous styles et tous azimuts qui sortent chaque semaine ou chaque mois, on me dit que c'est énorme. Qui plus est chez un petit éditeur et un distributeur indépendant. Frédérique que je croise dans la rue me confirme : c'est juste énorme ! Poursuivre maintenant, continuer à porter le livre encore plus haut, pour me rendre plus libre encore pour la suite.
Pour terminer sur cette histoire, je suis allé voir ce qui se tramait au numéro 171 de Pagaille Monstre. Stéphanie, son appareil photo et la statue de Baudelaire.
Ma drogue du moment (en dehors des genoux de A.) : les Chocolate dipped butter shortbread de Regent's park.
22.04.10
Elle n'était pas bien grande mais quand elle dénoua ses cheveux dans les couloirs du métro Babylone, en remontant à la surface, j'eus soudain l'impression d'être un pygmée.
25.04.10
Des mannequins russes apprennent à manœuvrer un bateau blanc sur un canal de l'Yonne. Le passé te saute à la gorge comme un chat apeuré et violent. L'orchestre du hasard laisse tomber une cymbale qui roule jusqu'à toi. En silence. Oui je vais rejouer dans un film mais je ne sais pas encore quand. Si j'étais un mannequin russe et que je me retrouvais à devoir manoeuvrer un bateau blanc sur un canal de l'Yonne, je trouverais que l'occident se fout un peu de ma gueule. J'aurais un chagrin par étapes, comme une vraie poupée russe. J'ai rêvé que Christophe Maé dans son bus de tournée lisait : Le garçon qui dessinait des soleils noirs. Si ce rêve qui n'en est pas vraiment un devenait la réalité qui n'en sera probablement jamais une, je croirais de nouveau à la chanson française. Combien de fois la promesse d'un lendemain t'as permis de t'aguerrir ? Moins de fois que la beauté d'un visage entrevu par hasard, suivi d'un franc sourire qui t'étais destiné.
29.04.10 J'ai serré la main de Bob Sinclar dans un couloir de RFI ; il m'a paru très sympathique. Je ne suis pas un spécialiste de son registre de musique, mais ce serait rigolo que Bob Sinclar remixe une de mes chansons. Je ne sais pas si c'est possible. Raphaëlle (Gassot) m'a apprit l'autre jour qu'elle mixait dorénavant dans les clubs, la nuit, pour m'annoncer avec grande douceur qu'à chaque fois elle passait une de mes chansons. Je ne supporterai pas que tu en aimes un autre a sa préférence.
Travail sur la suite de Pagaille monstre, la version fille dont la sortie est prévue pour la rentrée. Heureux des directions que je trouve.
On m'a demandé ce que je pensais du travail d'un photographe à la mode. Comme je n'avais aucune idée de son travail on m'a montré plusieurs photos. J'ai répondu : Un photographe c'est quelqu'un qui trouve son sujet dans la mesure où il n'a pas oublié son matériel. Un écrivain c'est quelqu'un qui retrouve son sujet après avoir tout oublié.
Avec Cyrille nous avons parlé des distributeurs à friandises qu'il y a dans les lieux publics, les gares, les piscines, les salles de spectacle. Ce n'est pas pour dire que tout était mieux autrefois, lorsque nous étions enfants, mais c'est vrai que les grosses tirettes qui délivraient la friandise dans leurs écrins étaient autrement plus poétiques. Aujourd'hui, on te balance ta barre chocolatée, et tu dois te baisser pour la ramasser. Voilà, on te jette la marchandise à la gueule et tu n'as plus qu'à te courber. Le monde moderne produit du mépris jusque dans les plus petits plaisirs. Normal que le désir, la surprise, et l'élégance, perdent chaque jour du terrain.
J'ai préparé dans l'après-midi la lecture musicale que je vais faire de mon livre sur les Beatles, Le rouge et le bleu, au salon du livre de Deauville dimanche matin. En reparcourant ce livre je suis tombé sur un poème, que j'aime toujours bien et dont j'ai emprunté le titre à une chanson des Beatles. Le voici :
All my loving.
C’est une ville qui s’éloigne à mesure qu’on avance,
Nuit du 11 au 12 février 2010 :Sous les étoiles exactement, France Inter.
12 février 2010 :Le fou du roi, France Inter.
13 février 2010 :Dédicaces au Salon du livre de Provins (Seine-et-marne)
14 février 2010 :Dédicaces pour la Saint Valentin
à la boutique Kyrie Eleison, 15 carrefour de l'odéon 75006 Paris.
métros Odéon, Mabillon, Luxembourg. De 16h à 19h.
20 février 2010 : Dédicaces Cultura Carré Sénart à Lieusaint (77)
27 février 2010 : Dédicaces Grand Cercle à Eragny (95)
13 mars 2010 : Dédicaces Fnac Parly 2 (78)
20 mars 2010 : Dédicaces Fnac Vélizy 2 (78)
3 avril 2010 : Dédicaces à L'univers du livre St-Germain-en-Laye (78)
Nuit du 3 au 4 avril 2010 : France Inter, Nocturne, émission de Brigitte Palchine. En direct de 1h à 2h du matin.
7 avril : France culture, invité de l'émission A plus d'un titre. A 16h.
11 avril 2010 : Dédicaces au Salon du livre et du vin de Saumur.
24 avril 2010 : Rencontres et dédicaces à L'escale de Migennes (89) + projection du court-métrage : La fille aux allumettes.
30 avril 2010 : Salon Livres et musique Deauville.
1 mai 2010 Salon Livres et musique Deauville.
2 mai 2010 : Salon Livres et musique Deauville.
8 mai 2010 :Dédicaces à la librairie de L'Amandier 9, blvd Wallace 92800 Puteaux.